De recevoir un soin à devenir acteur de sa transformation
Ma manière d’accompagner a beaucoup évolué au fil des années.
Lorsque j’ai commencé à pratiquer les soins énergétiques et chamaniques, mon attention était naturellement très tournée vers la séance elle-même : ce que je percevais, ce qui se passait pendant le soin, ce qui semblait se libérer, être restauré ou se remettre en mouvement.
Ces dimensions restent importantes dans mon travail. Mais avec l’expérience, j’ai compris qu’une séance, aussi profonde soit-elle, ne représente qu’une partie d’un processus beaucoup plus vaste.
Aujourd’hui, deux choses sont devenues fondamentales dans ma manière d’accompagner : l’intégration et l’autonomie.
Je ne considère plus la personne qui vient me voir comme quelqu’un qui reçoit passivement un soin. Elle est partie prenante de son propre processus. Et mon rôle n’est certainement pas de devenir indispensable à ce processus.
Au contraire.
Un accompagnement juste devrait progressivement permettre à une personne d’avoir moins besoin de nous, et non davantage.
Une séance peut ouvrir quelque chose, elle ne fait pas tout
Un soin peut parfois produire une expérience très forte.
Une émotion longtemps contenue peut émerger. Une dynamique peut devenir visible. Une ressource intérieure peut être retrouvée. Une perception peut changer. Quelque chose qui semblait figé peut commencer à bouger.
Ces moments peuvent être précieux.
Mais ensuite, la séance se termine.
La personne retourne chez elle. Elle retrouve ses relations, son travail, son corps, ses habitudes, ses responsabilités, ses difficultés et les situations concrètes qui composent sa vie.
C’est là que commence une autre partie essentielle du processus : l’intégration.
Ce qui a été vécu pendant une heure ou deux doit pouvoir rencontrer la réalité quotidienne.
Sinon, nous risquons d’accumuler les expériences thérapeutiques, énergétiques ou spirituelles sans que notre manière de vivre change véritablement.
L’intégration : lorsque le soin rencontre la vie
Pour moi, intégrer signifie permettre à ce qui a été rencontré pendant un accompagnement de prendre progressivement une place dans la vie réelle.
Une prise de conscience autour des limites peut devenir un non que nous n’osions pas prononcer.
Comprendre que nous nous abandonnons systématiquement dans certaines relations peut nous amener à nous positionner différemment.
Retrouver une sensation de sécurité pendant une séance peut nous donner envie d’observer ce qui, dans notre quotidien, nourrit ou fragilise cette sécurité.
Reconnaître un ancien mécanisme ne signifie pas qu’il disparaîtra immédiatement. Mais la prochaine fois qu’il se présente, nous pouvons peut-être le voir plus tôt et ne plus y répondre exactement de la même manière.
L’intégration n’est donc pas nécessairement spectaculaire.
Elle se joue souvent dans des choix très ordinaires.
Une conversation.
Une limite.
Une décision.
Une nouvelle manière de prendre soin de son corps.
La capacité à demander de l’aide.
Le choix de ne plus retourner vers une situation dont nous savons qu’elle nous fait du mal.
Ou simplement quelques secondes supplémentaires entre ce que nous ressentons et notre réaction habituelle.
C’est souvent là que la transformation devient réelle.
La personne accompagnée n’est pas passive
Cette évolution a profondément changé ma compréhension de la relation entre le praticien et la personne accompagnée.
Je ne crois pas à une conception du soin dans laquelle quelqu’un viendrait déposer son problème entre les mains d’un praticien chargé de le résoudre.
Nous pouvons accompagner.
Nous pouvons soutenir.
Nous pouvons apporter notre expérience, notre regard et les outils auxquels nous avons été formés.
Nous pouvons parfois aider une personne à traverser une situation qu’elle aurait beaucoup de difficulté à traverser seule.
Mais nous ne pouvons pas vivre son processus à sa place.
Et surtout, nous ne devrions pas essayer de le faire.
La personne accompagnée possède sa propre histoire, ses ressources, ses limites, son rythme et sa capacité de discernement.
Elle doit rester présente dans ce qui lui arrive.
Cela signifie aussi qu’elle conserve le droit de questionner ce que nous lui proposons, de ne pas être d’accord avec une interprétation, de sentir qu’une pratique ne lui convient pas ou de décider qu’elle n’a plus besoin d’être accompagnée.
Pour moi, cette liberté n’est pas périphérique au soin.
Elle en fait partie.
Ne pas devenir indispensable
C’est probablement l’un des aspects de ma pratique sur lesquels je suis devenue la plus attentive avec les années.
La relation d’accompagnement crée naturellement une forme de vulnérabilité.
Une personne vient nous voir parce qu’elle traverse quelque chose. Elle nous confie parfois des moments très douloureux de son histoire. Elle peut vivre, pendant une séance, une expérience profonde et associer le soulagement ou le changement qu’elle ressent à celui ou celle qui l’a accompagnée.
Cette position donne au praticien une responsabilité considérable.
Il serait très facile, consciemment ou non, d’entretenir l’idée que la personne a continuellement besoin de nous.
Qu’une nouvelle difficulté nécessite une nouvelle séance.
Qu’une période inconfortable signifie qu’un nouveau soin est nécessaire.
Qu’elle ne peut pas comprendre seule ce qu’elle traverse.
Qu’elle a besoin de notre lecture, de notre intuition ou de notre validation pour savoir ce qui lui arrive.
Je considère aujourd’hui que l’un des devoirs du praticien est précisément de ne pas encourager cette dépendance.
Parce qu’un accompagnement qui augmente progressivement le pouvoir du praticien tout en diminuant celui de la personne accompagnée va, à mes yeux, dans la direction opposée à celle de la guérison.
La dépendance peut être subtile
Elle ne prend pas toujours la forme évidente d’une personne qui vient en séance toutes les semaines pendant des années.
Elle peut être beaucoup plus subtile.
Elle apparaît lorsqu’une personne commence à demander au praticien ce qu’elle devrait faire dans chacune de ses décisions importantes.
Lorsqu’elle ne fait plus confiance à ses propres perceptions avant de les avoir fait confirmer.
Lorsqu’elle pense que chaque inconfort nécessite une intervention extérieure.
Ou lorsqu’elle accorde davantage d’autorité aux perceptions du praticien qu’à sa propre expérience.
Cette question me semble particulièrement importante dans les pratiques énergétiques et spirituelles.
Lorsque quelqu’un affirme percevoir des choses que la personne accompagnée ne peut pas vérifier elle-même, un déséquilibre de pouvoir peut très facilement s’installer.
C’est précisément pour cette raison que le discernement et l’éthique sont indispensables.
Une perception n’est pas une vérité absolue.
Une vision n’est pas un verdict.
Une intuition ne donne pas au praticien le droit de définir la réalité d’une autre personne.
Plus le travail touche à l’invisible, plus cette responsabilité me paraît importante.
Un bon accompagnement devrait rendre de l’autonomie
Je ne confonds pas autonomie et indépendance absolue.
Nous avons besoin les uns des autres.
Il existe des périodes de vie pendant lesquelles nous avons réellement besoin d’être accompagnés. Nous pouvons avoir besoin d’un médecin, d’un psychologue, d’un thérapeute, d’un praticien, d’un enseignant, d’amis ou d’une communauté.
Demander de l’aide peut même être une étape fondamentale pour quelqu’un qui a toujours cru devoir tout porter seul.
L’autonomie dont je parle est différente.
C’est la capacité à recevoir de l’aide sans abandonner son autorité intérieure.
Pouvoir écouter un conseil sans devoir nécessairement le suivre.
Recevoir une interprétation et sentir si elle nous parle.
Demander du soutien tout en restant responsable de ses décisions.
Reconnaître que quelqu’un possède une expertise sans lui remettre les clés de sa vie.
Dans cette perspective, l’un des objectifs de l’accompagnement est justement d’aider la personne à développer ses propres ressources.
À mieux reconnaître ce qu’elle ressent.
À identifier ses besoins.
À comprendre ses mécanismes.
À développer son discernement.
À apprendre quand demander de l’aide et quand elle possède déjà en elle les ressources nécessaires pour traverser ce qui se présente.
Le praticien n’est pas celui qui sait tout
Cette évolution m’a également amenée à regarder différemment ma propre place.
Lorsque nous accompagnons des personnes depuis plusieurs années, il peut être tentant de croire que l’expérience nous permet de savoir ce qui est juste pour elles.
L’expérience est précieuse.
Mais elle ne nous rend pas infaillibles.
Je peux percevoir quelque chose et me tromper.
Je peux reconnaître un mécanisme et ne pas en comprendre toute la complexité.
Je peux proposer quelque chose qui s’est révélé utile pour beaucoup de personnes et découvrir que ce n’est pas ce dont celle qui se trouve devant moi a besoin.
Accompagner demande donc une certaine confiance dans ce que nous avons appris, mais également suffisamment d’humilité pour ne pas transformer cette expérience en autorité absolue.
Je ne veux pas que les personnes que j’accompagne apprennent à me faire davantage confiance qu’à elles-mêmes.
Je souhaite qu’avec le temps, elles apprennent à mieux se connaître.
Parfois, ne pas proposer une nouvelle séance fait partie de l’accompagnement
Cette conviction a également changé des choses très concrètes dans ma pratique.
Je ne pense pas que davantage de soins soient toujours nécessaires.
Il arrive qu’une personne ait besoin d’une nouvelle séance.
Mais il arrive aussi qu’elle ait surtout besoin de temps.
De repos.
De laisser ce qui a déjà été travaillé se déposer.
D’observer ce qui change.
D’expérimenter de nouveaux comportements.
De mettre en pratique ce qu’elle a compris.
Ou tout simplement de vivre.
Nous pouvons facilement transformer le chemin de guérison en une recherche permanente de ce qu’il faudrait encore réparer.
Une nouvelle blessure.
Une nouvelle couche.
Un nouveau blocage.
Une nouvelle séance.
Une nouvelle méthode.
Et le travail sur soi peut alors devenir une manière de ne jamais se considérer suffisamment prêt à vivre.
Je ne souhaite pas encourager cette dynamique.
Il existe un temps pour explorer profondément ce qui nous habite.
Et il existe un temps pour sortir de la salle de soin et retourner dans le monde.
Le corps comme espace d’intégration
La place du corps a également pris de plus en plus d’importance dans ma manière de travailler.
Nous pouvons comprendre intellectuellement beaucoup de choses sur nous-mêmes sans que cette compréhension transforme immédiatement notre manière de réagir.
Parce que notre histoire ne vit pas uniquement dans nos pensées.
Elle s’exprime aussi dans notre respiration, nos tensions, nos réactions, notre manière de nous protéger, de nous rapprocher, de nous éloigner ou de nous figer.
C’est pourquoi l’intégration ne peut pas être uniquement intellectuelle.
Il faut parfois permettre au corps de faire une expérience différente.
Sentir qu’une limite peut être posée sans catastrophe.
Rester présent à une émotion sans immédiatement chercher à la faire disparaître.
Reconnaître une activation et apprendre progressivement à ne pas agir depuis elle.
Retrouver le plaisir, le mouvement, le repos ou la sensation d’être simplement vivant.
La transformation devient alors moins une idée que quelque chose que nous apprenons progressivement à habiter.
La guérison n’est pas un état définitif
Ma compréhension de la guérison elle-même a changé avec les années.
Je ne la vois plus comme un point d’arrivée où toutes nos blessures auraient disparu.
Nous pouvons avoir beaucoup travaillé sur nous-mêmes et rencontrer à nouveau une peur ancienne.
Être profondément conscients de certains mécanismes et les reproduire parfois.
Traverser une période de grande stabilité puis être déstabilisés par un événement inattendu.
Cela ne signifie pas nécessairement que tout le travail précédent a échoué.
La différence se trouve souvent dans notre manière de rencontrer ce qui revient.
Nous reconnaissons plus rapidement ce qui se passe.
Nous disposons de davantage de ressources.
Nous demandons de l’aide plus tôt lorsque nous en avons besoin.
Nous restons moins longtemps enfermés dans certains mécanismes.
Et parfois, là où nous aurions autrefois répété automatiquement une ancienne réponse, nous découvrons que nous pouvons choisir autrement.
La guérison ne nous retire pas notre humanité.
Elle peut nous permettre de l’habiter avec davantage de conscience.
Accompagner sans prendre la place de l’autre
Aujourd’hui, quelle que soit l’approche que j’utilise, cette conviction est présente dans l’ensemble de mon travail.
Je peux accompagner une personne pendant une partie de son chemin.
Je peux tenir un espace lorsqu’elle en a besoin.
Je peux mettre mon expérience et mes outils à son service.
Je peux parfois l’aider à voir quelque chose qu’elle ne parvient pas encore à voir seule.
Mais je ne suis pas là pour prendre sa place.
Je ne suis pas là pour devenir l’autorité qui lui dira comment vivre.
Et je ne suis pas là pour devenir indispensable à son équilibre.
Au contraire, je considère qu’un accompagnement porte véritablement ses fruits lorsque la personne développe progressivement davantage de confiance dans ses propres ressources, davantage de discernement et davantage d’autonomie.
Il peut arriver qu’elle revienne un jour parce qu’une nouvelle étape de sa vie demande du soutien.
Il peut aussi arriver qu’elle n’en ait plus besoin.
Et cela ne constitue pas l’échec de la relation thérapeutique.
Cela peut en être l’un des plus beaux résultats.
Parce qu’au fond, accompagner quelqu’un ne devrait jamais consister à le garder auprès de soi.
Il s’agit de l’aider, lorsqu’il en a besoin, à retrouver suffisamment d’appui en lui-même pour pouvoir continuer son chemin.