Mounia Bendriss Mounia Bendriss

De recevoir un soin à devenir acteur de sa transformation

Recevoir un soin peut ouvrir une porte, mais la transformation ne s’arrête pas à la séance. Une réflexion sur l’évolution de ma manière d’accompagner, l’importance de l’intégration et la place essentielle de chacun dans son propre processus, pour que l’accompagnement soutienne l’autonomie plutôt que la dépendance.

Ma manière d’accompagner a beaucoup évolué au fil des années.

Lorsque j’ai commencé à pratiquer les soins énergétiques et chamaniques, mon attention était naturellement très tournée vers la séance elle-même : ce que je percevais, ce qui se passait pendant le soin, ce qui semblait se libérer, être restauré ou se remettre en mouvement.

Ces dimensions restent importantes dans mon travail. Mais avec l’expérience, j’ai compris qu’une séance, aussi profonde soit-elle, ne représente qu’une partie d’un processus beaucoup plus vaste.

Aujourd’hui, deux choses sont devenues fondamentales dans ma manière d’accompagner : l’intégration et l’autonomie.

Je ne considère plus la personne qui vient me voir comme quelqu’un qui reçoit passivement un soin. Elle est partie prenante de son propre processus. Et mon rôle n’est certainement pas de devenir indispensable à ce processus.

Au contraire.

Un accompagnement juste devrait progressivement permettre à une personne d’avoir moins besoin de nous, et non davantage.

Une séance peut ouvrir quelque chose, elle ne fait pas tout

Un soin peut parfois produire une expérience très forte.

Une émotion longtemps contenue peut émerger. Une dynamique peut devenir visible. Une ressource intérieure peut être retrouvée. Une perception peut changer. Quelque chose qui semblait figé peut commencer à bouger.

Ces moments peuvent être précieux.

Mais ensuite, la séance se termine.

La personne retourne chez elle. Elle retrouve ses relations, son travail, son corps, ses habitudes, ses responsabilités, ses difficultés et les situations concrètes qui composent sa vie.

C’est là que commence une autre partie essentielle du processus : l’intégration.

Ce qui a été vécu pendant une heure ou deux doit pouvoir rencontrer la réalité quotidienne.

Sinon, nous risquons d’accumuler les expériences thérapeutiques, énergétiques ou spirituelles sans que notre manière de vivre change véritablement.

L’intégration : lorsque le soin rencontre la vie

Pour moi, intégrer signifie permettre à ce qui a été rencontré pendant un accompagnement de prendre progressivement une place dans la vie réelle.

Une prise de conscience autour des limites peut devenir un non que nous n’osions pas prononcer.

Comprendre que nous nous abandonnons systématiquement dans certaines relations peut nous amener à nous positionner différemment.

Retrouver une sensation de sécurité pendant une séance peut nous donner envie d’observer ce qui, dans notre quotidien, nourrit ou fragilise cette sécurité.

Reconnaître un ancien mécanisme ne signifie pas qu’il disparaîtra immédiatement. Mais la prochaine fois qu’il se présente, nous pouvons peut-être le voir plus tôt et ne plus y répondre exactement de la même manière.

L’intégration n’est donc pas nécessairement spectaculaire.

Elle se joue souvent dans des choix très ordinaires.

Une conversation.

Une limite.

Une décision.

Une nouvelle manière de prendre soin de son corps.

La capacité à demander de l’aide.

Le choix de ne plus retourner vers une situation dont nous savons qu’elle nous fait du mal.

Ou simplement quelques secondes supplémentaires entre ce que nous ressentons et notre réaction habituelle.

C’est souvent là que la transformation devient réelle.

La personne accompagnée n’est pas passive

Cette évolution a profondément changé ma compréhension de la relation entre le praticien et la personne accompagnée.

Je ne crois pas à une conception du soin dans laquelle quelqu’un viendrait déposer son problème entre les mains d’un praticien chargé de le résoudre.

Nous pouvons accompagner.

Nous pouvons soutenir.

Nous pouvons apporter notre expérience, notre regard et les outils auxquels nous avons été formés.

Nous pouvons parfois aider une personne à traverser une situation qu’elle aurait beaucoup de difficulté à traverser seule.

Mais nous ne pouvons pas vivre son processus à sa place.

Et surtout, nous ne devrions pas essayer de le faire.

La personne accompagnée possède sa propre histoire, ses ressources, ses limites, son rythme et sa capacité de discernement.

Elle doit rester présente dans ce qui lui arrive.

Cela signifie aussi qu’elle conserve le droit de questionner ce que nous lui proposons, de ne pas être d’accord avec une interprétation, de sentir qu’une pratique ne lui convient pas ou de décider qu’elle n’a plus besoin d’être accompagnée.

Pour moi, cette liberté n’est pas périphérique au soin.

Elle en fait partie.

Ne pas devenir indispensable

C’est probablement l’un des aspects de ma pratique sur lesquels je suis devenue la plus attentive avec les années.

La relation d’accompagnement crée naturellement une forme de vulnérabilité.

Une personne vient nous voir parce qu’elle traverse quelque chose. Elle nous confie parfois des moments très douloureux de son histoire. Elle peut vivre, pendant une séance, une expérience profonde et associer le soulagement ou le changement qu’elle ressent à celui ou celle qui l’a accompagnée.

Cette position donne au praticien une responsabilité considérable.

Il serait très facile, consciemment ou non, d’entretenir l’idée que la personne a continuellement besoin de nous.

Qu’une nouvelle difficulté nécessite une nouvelle séance.

Qu’une période inconfortable signifie qu’un nouveau soin est nécessaire.

Qu’elle ne peut pas comprendre seule ce qu’elle traverse.

Qu’elle a besoin de notre lecture, de notre intuition ou de notre validation pour savoir ce qui lui arrive.

Je considère aujourd’hui que l’un des devoirs du praticien est précisément de ne pas encourager cette dépendance.

Parce qu’un accompagnement qui augmente progressivement le pouvoir du praticien tout en diminuant celui de la personne accompagnée va, à mes yeux, dans la direction opposée à celle de la guérison.

La dépendance peut être subtile

Elle ne prend pas toujours la forme évidente d’une personne qui vient en séance toutes les semaines pendant des années.

Elle peut être beaucoup plus subtile.

Elle apparaît lorsqu’une personne commence à demander au praticien ce qu’elle devrait faire dans chacune de ses décisions importantes.

Lorsqu’elle ne fait plus confiance à ses propres perceptions avant de les avoir fait confirmer.

Lorsqu’elle pense que chaque inconfort nécessite une intervention extérieure.

Ou lorsqu’elle accorde davantage d’autorité aux perceptions du praticien qu’à sa propre expérience.

Cette question me semble particulièrement importante dans les pratiques énergétiques et spirituelles.

Lorsque quelqu’un affirme percevoir des choses que la personne accompagnée ne peut pas vérifier elle-même, un déséquilibre de pouvoir peut très facilement s’installer.

C’est précisément pour cette raison que le discernement et l’éthique sont indispensables.

Une perception n’est pas une vérité absolue.

Une vision n’est pas un verdict.

Une intuition ne donne pas au praticien le droit de définir la réalité d’une autre personne.

Plus le travail touche à l’invisible, plus cette responsabilité me paraît importante.

Un bon accompagnement devrait rendre de l’autonomie

Je ne confonds pas autonomie et indépendance absolue.

Nous avons besoin les uns des autres.

Il existe des périodes de vie pendant lesquelles nous avons réellement besoin d’être accompagnés. Nous pouvons avoir besoin d’un médecin, d’un psychologue, d’un thérapeute, d’un praticien, d’un enseignant, d’amis ou d’une communauté.

Demander de l’aide peut même être une étape fondamentale pour quelqu’un qui a toujours cru devoir tout porter seul.

L’autonomie dont je parle est différente.

C’est la capacité à recevoir de l’aide sans abandonner son autorité intérieure.

Pouvoir écouter un conseil sans devoir nécessairement le suivre.

Recevoir une interprétation et sentir si elle nous parle.

Demander du soutien tout en restant responsable de ses décisions.

Reconnaître que quelqu’un possède une expertise sans lui remettre les clés de sa vie.

Dans cette perspective, l’un des objectifs de l’accompagnement est justement d’aider la personne à développer ses propres ressources.

À mieux reconnaître ce qu’elle ressent.

À identifier ses besoins.

À comprendre ses mécanismes.

À développer son discernement.

À apprendre quand demander de l’aide et quand elle possède déjà en elle les ressources nécessaires pour traverser ce qui se présente.

Le praticien n’est pas celui qui sait tout

Cette évolution m’a également amenée à regarder différemment ma propre place.

Lorsque nous accompagnons des personnes depuis plusieurs années, il peut être tentant de croire que l’expérience nous permet de savoir ce qui est juste pour elles.

L’expérience est précieuse.

Mais elle ne nous rend pas infaillibles.

Je peux percevoir quelque chose et me tromper.

Je peux reconnaître un mécanisme et ne pas en comprendre toute la complexité.

Je peux proposer quelque chose qui s’est révélé utile pour beaucoup de personnes et découvrir que ce n’est pas ce dont celle qui se trouve devant moi a besoin.

Accompagner demande donc une certaine confiance dans ce que nous avons appris, mais également suffisamment d’humilité pour ne pas transformer cette expérience en autorité absolue.

Je ne veux pas que les personnes que j’accompagne apprennent à me faire davantage confiance qu’à elles-mêmes.

Je souhaite qu’avec le temps, elles apprennent à mieux se connaître.

Parfois, ne pas proposer une nouvelle séance fait partie de l’accompagnement

Cette conviction a également changé des choses très concrètes dans ma pratique.

Je ne pense pas que davantage de soins soient toujours nécessaires.

Il arrive qu’une personne ait besoin d’une nouvelle séance.

Mais il arrive aussi qu’elle ait surtout besoin de temps.

De repos.

De laisser ce qui a déjà été travaillé se déposer.

D’observer ce qui change.

D’expérimenter de nouveaux comportements.

De mettre en pratique ce qu’elle a compris.

Ou tout simplement de vivre.

Nous pouvons facilement transformer le chemin de guérison en une recherche permanente de ce qu’il faudrait encore réparer.

Une nouvelle blessure.

Une nouvelle couche.

Un nouveau blocage.

Une nouvelle séance.

Une nouvelle méthode.

Et le travail sur soi peut alors devenir une manière de ne jamais se considérer suffisamment prêt à vivre.

Je ne souhaite pas encourager cette dynamique.

Il existe un temps pour explorer profondément ce qui nous habite.

Et il existe un temps pour sortir de la salle de soin et retourner dans le monde.

Le corps comme espace d’intégration

La place du corps a également pris de plus en plus d’importance dans ma manière de travailler.

Nous pouvons comprendre intellectuellement beaucoup de choses sur nous-mêmes sans que cette compréhension transforme immédiatement notre manière de réagir.

Parce que notre histoire ne vit pas uniquement dans nos pensées.

Elle s’exprime aussi dans notre respiration, nos tensions, nos réactions, notre manière de nous protéger, de nous rapprocher, de nous éloigner ou de nous figer.

C’est pourquoi l’intégration ne peut pas être uniquement intellectuelle.

Il faut parfois permettre au corps de faire une expérience différente.

Sentir qu’une limite peut être posée sans catastrophe.

Rester présent à une émotion sans immédiatement chercher à la faire disparaître.

Reconnaître une activation et apprendre progressivement à ne pas agir depuis elle.

Retrouver le plaisir, le mouvement, le repos ou la sensation d’être simplement vivant.

La transformation devient alors moins une idée que quelque chose que nous apprenons progressivement à habiter.

La guérison n’est pas un état définitif

Ma compréhension de la guérison elle-même a changé avec les années.

Je ne la vois plus comme un point d’arrivée où toutes nos blessures auraient disparu.

Nous pouvons avoir beaucoup travaillé sur nous-mêmes et rencontrer à nouveau une peur ancienne.

Être profondément conscients de certains mécanismes et les reproduire parfois.

Traverser une période de grande stabilité puis être déstabilisés par un événement inattendu.

Cela ne signifie pas nécessairement que tout le travail précédent a échoué.

La différence se trouve souvent dans notre manière de rencontrer ce qui revient.

Nous reconnaissons plus rapidement ce qui se passe.

Nous disposons de davantage de ressources.

Nous demandons de l’aide plus tôt lorsque nous en avons besoin.

Nous restons moins longtemps enfermés dans certains mécanismes.

Et parfois, là où nous aurions autrefois répété automatiquement une ancienne réponse, nous découvrons que nous pouvons choisir autrement.

La guérison ne nous retire pas notre humanité.

Elle peut nous permettre de l’habiter avec davantage de conscience.

Accompagner sans prendre la place de l’autre

Aujourd’hui, quelle que soit l’approche que j’utilise, cette conviction est présente dans l’ensemble de mon travail.

Je peux accompagner une personne pendant une partie de son chemin.

Je peux tenir un espace lorsqu’elle en a besoin.

Je peux mettre mon expérience et mes outils à son service.

Je peux parfois l’aider à voir quelque chose qu’elle ne parvient pas encore à voir seule.

Mais je ne suis pas là pour prendre sa place.

Je ne suis pas là pour devenir l’autorité qui lui dira comment vivre.

Et je ne suis pas là pour devenir indispensable à son équilibre.

Au contraire, je considère qu’un accompagnement porte véritablement ses fruits lorsque la personne développe progressivement davantage de confiance dans ses propres ressources, davantage de discernement et davantage d’autonomie.

Il peut arriver qu’elle revienne un jour parce qu’une nouvelle étape de sa vie demande du soutien.

Il peut aussi arriver qu’elle n’en ait plus besoin.

Et cela ne constitue pas l’échec de la relation thérapeutique.

Cela peut en être l’un des plus beaux résultats.

Parce qu’au fond, accompagner quelqu’un ne devrait jamais consister à le garder auprès de soi.

Il s’agit de l’aider, lorsqu’il en a besoin, à retrouver suffisamment d’appui en lui-même pour pouvoir continuer son chemin.

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La Femme Souveraine : habiter pleinement son autorité intérieure

Qu’est-ce qu’être souveraine lorsque la souveraineté ne signifie ni tout contrôler, ni n’avoir besoin de personne ? Une réflexion sur l’autorité intérieure, le discernement et la capacité à rester en relation avec les autres sans se perdre, à recevoir sans se soumettre et à aimer sans s’abandonner soi-même.

Pendant longtemps, lorsque j’entendais le mot « souveraineté », j’y entendais surtout l’indépendance.

Être forte. Ne dépendre de personne. Savoir ce que l’on veut. Être capable d’avancer seule.

Aujourd’hui, je la comprends très différemment.

La souveraineté intérieure n’est pas l’absence de besoin, de doute ou de vulnérabilité. Elle n’est pas une manière de devenir inaccessible aux autres, ni une position depuis laquelle nous aurions enfin tout compris.

Elle est la capacité à rester profondément en relation avec soi-même tout en étant pleinement en relation avec le monde.

À écouter sans nécessairement obéir.

À aimer sans se perdre.

À recevoir sans se soumettre.

À changer sans se trahir.

À reconnaître l’autorité d’un autre sans lui abandonner la sienne.

Pour moi, c’est cela, devenir une femme souveraine.

La souveraineté n’est pas l’indépendance

Nous confondons facilement souveraineté et autonomie absolue.

Une femme qui n’aurait besoin de personne pourrait sembler souveraine. Pourtant, l’hyper-indépendance peut aussi être une protection.

Lorsque nous avons appris très tôt qu’il était plus sûr de compter sur nous-mêmes, ne rien demander peut devenir une manière de ne jamais risquer d’être déçues.

La souveraineté est différente.

Elle permet de dire : « Je peux me tenir debout seule » sans transformer cette capacité en obligation.

Je peux avoir besoin des autres.

Je peux demander de l’aide.

Je peux recevoir.

Je peux m’appuyer sur quelqu’un.

Je peux aimer profondément.

Ce qui change, c’est que la relation ne me demande plus de me quitter moi-même.

Une femme souveraine n’est donc pas une femme qui n’a besoin de personne.

C’est une femme qui peut entrer dans l’interdépendance sans abandonner son centre.

Lorsque nous remettons notre autorité à l’extérieur

Une grande partie de mon propre chemin a consisté à observer tous les endroits où j’avais, parfois très subtilement, placé mon autorité à l’extérieur de moi.

Dans le regard des autres.

Dans la validation masculine.

Dans le besoin d’être reconnue.

Mais aussi, plus tard, dans des espaces spirituels où il peut être tentant de croire que quelqu’un de plus expérimenté, un enseignant, un thérapeute ou un guide sait nécessairement mieux que nous ce qui est juste pour nous.

Nous avons tous besoin de miroirs.

Je continue moi-même à apprendre, à recevoir des enseignements, à être accompagnée et à écouter les personnes en qui j’ai confiance.

La souveraineté ne consiste pas à rejeter ces regards extérieurs.

Elle consiste à ne pas leur remettre la décision finale.

Quelqu’un peut voir quelque chose que je ne vois pas.

Quelqu’un peut me confronter.

Quelqu’un peut avoir davantage d’expérience que moi dans un domaine.

Je peux écouter tout cela profondément sans considérer pour autant que cette personne devient l’autorité sur ma vie.

Le discernement commence précisément là : dans cet espace entre ce que je reçois et ce que j’en fais.

Savoir dire non — mais aussi savoir dire oui

La souveraineté féminine est souvent représentée à travers la capacité à poser des limites.

C’est essentiel, mais incomplet.

Apprendre à dire non est parfois une étape fondamentale lorsque nous avons appris à nous adapter, à satisfaire les attentes des autres ou à préserver la relation au détriment de nous-mêmes.

Mais une vie construite uniquement autour de nos protections reste une vie organisée par la peur.

La souveraineté consiste aussi à savoir dire oui.

Oui à une relation.

Oui à une opportunité.

Oui au plaisir.

Oui à l’inconnu.

Oui au désir.

Oui à quelque chose qui nous bouleverse suffisamment pour nous obliger à quitter une ancienne sécurité.

Le discernement ne consiste pas simplement à savoir ce que nous devons refuser.

Il consiste à reconnaître ce à quoi nous voulons véritablement consentir.

Aimer sans se perdre

C’est probablement l’un des apprentissages les plus importants de mon propre parcours.

Pendant longtemps, j’ai dû apprendre à distinguer l’amour de la fusion, l’attachement de l’abandon de soi, le désir d’être choisie du choix conscient d’une relation.

La souveraineté ne demande pas de nous protéger de l’amour.

Elle nous demande d’y entrer sans disparaître.

Je peux aimer quelqu’un sans faire de sa présence la mesure de ma valeur.

Je peux être profondément attachée sans rendre l’autre responsable de mon équilibre intérieur.

Je peux faire des compromis sans renoncer systématiquement à ce qui est essentiel pour moi.

Je peux accueillir la différence sans me convaincre que tout doit être acceptable.

Et je peux parfois quitter une relation tout en continuant à aimer la personne.

La souveraineté ne supprime pas la vulnérabilité inhérente à l’amour.

Elle nous permet simplement de rester présentes à nous-mêmes au cœur de cette vulnérabilité.

Le corps sait parfois avant nous

Notre autorité intérieure ne se construit pas uniquement par la pensée.

J’ai appris avec les années à accorder beaucoup plus de place au corps.

Nous pouvons construire des arguments extrêmement convaincants pour rester dans une situation qui ne nous convient plus. Nous pouvons expliquer, rationaliser, minimiser, attendre.

Pendant ce temps, le corps se contracte.

La respiration change.

La fatigue apparaît.

Quelque chose en nous dit non alors que notre mental continue à négocier.

À l’inverse, certaines décisions peuvent faire peur tout en produisant une sensation d’ouverture, de justesse ou de soulagement.

Écouter le corps ne signifie pas considérer chaque sensation comme une vérité absolue. Nos peurs, notre histoire et nos blessures parlent aussi à travers lui.

Mais il constitue une source d’information essentielle.

La souveraineté naît de ce dialogue entre le corps, l’émotion, l’intuition, la réflexion et l’expérience.

Pas de l’obéissance aveugle à une seule de ces voix.

Une femme souveraine peut se tromper

C’est peut-être l’un des aspects les moins séduisants de la souveraineté, et pourtant l’un des plus importants.

Prendre son autorité signifie aussi accepter la possibilité de se tromper.

Tant que quelqu’un d’autre décide pour nous, nous pouvons toujours lui attribuer la responsabilité de ce qui arrive.

Lorsque nous choisissons réellement, cette protection disparaît.

Nous pouvons prendre une décision en conscience et découvrir ensuite qu’elle n’était pas la bonne.

Nous pouvons faire confiance à quelqu’un qui nous déçoit.

Nous pouvons dire oui puis changer d’avis.

Nous pouvons penser avoir dépassé une ancienne dynamique et découvrir qu’elle agit encore en nous.

La souveraineté n’est pas l’infaillibilité.

Elle réside aussi dans notre capacité à reconnaître une erreur, à réévaluer une situation et à modifier notre direction sans transformer chaque faux pas en condamnation de nous-mêmes.

La souveraineté spirituelle

Cette question est devenue particulièrement importante pour moi au fil de mon parcours spirituel.

Les traditions, les pratiques et les enseignants peuvent nous ouvrir à des dimensions de l’expérience auxquelles nous n’aurions peut-être jamais accédé seuls.

Mais la profondeur d’une expérience spirituelle ne dispense jamais de discernement.

Un enseignant reste un être humain.

Une tradition peut contenir une immense sagesse sans que nous ayons à tout accepter.

Une intuition peut être profonde sans être nécessairement juste.

Une expérience extraordinaire n’est pas automatiquement une vérité.

Plus j’avance, plus je crois qu’un chemin spirituel véritable devrait nous rendre progressivement plus responsables, plus lucides et plus capables de discernement — et non plus dépendants de ceux qui nous accompagnent.

La souveraineté spirituelle ne consiste pas à croire que nous savons tout.

Elle consiste précisément à pouvoir dire : « Je ne sais pas », sans remettre pour autant notre pouvoir de discernement entre les mains de quelqu’un d’autre.

De la Reine à la femme réelle

L’archétype de la Reine est souvent associé à la souveraineté.

J’aime ce qu’il peut représenter : la dignité, la responsabilité, la capacité à choisir, à protéger ce qui compte et à exercer son autorité sans avoir besoin de dominer.

Mais une femme souveraine n’est pas une femme installée en permanence sur un trône symbolique.

Elle fait ses courses.

Elle doute.

Elle rit.

Elle se fatigue.

Elle demande conseil.

Elle peut avoir peur avant une décision importante.

Elle peut être bouleversée par une relation.

Elle peut avoir besoin de solitude un jour et profondément besoin des autres le lendemain.

Ce qui fait sa souveraineté n’est pas qu’elle échappe à ces mouvements.

C’est qu’au milieu d’eux, elle apprend à ne plus s’abandonner.

Devenir souveraine n’est pas devenir seule

Plus j’avance, plus je vois la souveraineté comme une qualité de relation.

Relation à soi, d’abord.

Mais aussi relation aux autres, au corps, au désir, au pouvoir, au sacré et à la vie.

Il ne s’agit pas de construire un royaume intérieur dans lequel personne ne pourrait entrer.

Il s’agit de savoir que nous pouvons ouvrir la porte sans remettre les clés.

Nous pouvons aimer sans appartenir à quelqu’un.

Nous pouvons recevoir un enseignement sans renoncer à notre discernement.

Nous pouvons être vulnérables sans être impuissantes.

Nous pouvons être fortes sans nous endurcir.

Nous pouvons appartenir profondément à une relation, à une communauté, à une lignée, au sacré — tout en continuant à nous appartenir.

C’est cette souveraineté qui m’intéresse aujourd’hui.

Non pas celle qui nous place au-dessus de la vie.

Celle qui nous permet d’y prendre pleinement notre place.

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Alchimie intérieure: un chemin de retour à l’authenticité

Et si le chemin intérieur ne consistait pas à nous réparer indéfiniment, mais à apprendre à vivre pleinement ? Une réflexion personnelle sur l’alchimie intérieure, la transformation en spirale, l’incarnation et ce retour à soi qui nous permet, peu à peu, d’habiter notre vie avec plus de conscience et de cohérence.

Lorsque je parle d’alchimie intérieure, je ne parle pas seulement à partir de livres, de traditions ou d’enseignements reçus. J’en parle avant tout à partir de mon expérience.

Depuis de nombreuses années, mon chemin m’a conduite à explorer différentes voies de transformation : le travail thérapeutique, les pratiques spirituelles, le chamanisme, le travail avec le corps, les traditions contemplatives et initiatiques.

Pendant longtemps, j’ai cru que ce chemin consistait essentiellement à guérir.

Guérir mes blessures. Comprendre mes schémas. Défaire mes conditionnements. Aller plus loin, plus profondément, chercher ce qui demandait encore à être transformé.

Aujourd’hui, ma compréhension est différente.

Je crois toujours profondément à la nécessité de rencontrer ce qui, en nous, demande à être vu, traversé ou guéri. Mais je ne crois plus que nous soyons ici pour passer notre existence à travailler sur nous-mêmes.

À un moment donné, la transformation doit devenir une manière de vivre.

C’est là que commence, pour moi, l’alchimie intérieure.

Se transformer sans chercher à devenir quelqu’un d’autre

Dans l’imaginaire occidental, l’alchimie est souvent associée à la transformation du plomb en or.

Sur le plan intérieur, cette image peut facilement être mal comprise : comme s’il existait en nous une matière imparfaite qu’il faudrait purifier jusqu’à devenir une version supérieure de nous-mêmes.

Ce n’est pas ainsi que je la comprends.

L’alchimie intérieure ne consiste pas à rejeter ce que nous sommes pour devenir quelqu’un de plus lumineux, de plus spirituel ou de plus accompli.

Elle consiste plutôt à rencontrer ce qui s’est accumulé entre nous et nous-mêmes : les conditionnements, les blessures, les loyautés invisibles, les peurs, les rôles que nous avons appris à jouer, les attentes auxquelles nous avons essayé de répondre.

Certaines de ces couches ont besoin d’être comprises. D’autres d’être traversées. D’autres encore simplement abandonnées parce qu’elles ne correspondent plus à la personne que nous sommes devenue.

Peu à peu, quelque chose se simplifie.

Nous cessons de consacrer autant d’énergie à devenir ce que nous croyons devoir être.

Et nous pouvons commencer à habiter plus pleinement ce que nous sommes.

La transformation est une spirale

L’une des grandes illusions du chemin intérieur est de croire qu’une fois une blessure comprise ou un schéma identifié, nous ne devrions plus jamais les rencontrer.

Mon expérience m’a appris exactement l’inverse.

Nous revenons.

Nous retrouvons parfois les mêmes peurs, les mêmes fragilités, les mêmes questions. Une situation que nous pensions avoir dépassée peut soudain se représenter sous une autre forme.

Mais revenir au même endroit ne signifie pas nécessairement revenir au même point.

Je peux rencontrer aujourd’hui une peur que je connaissais déjà et ne plus lui donner le même pouvoir. Je peux reconnaître un ancien mécanisme beaucoup plus rapidement. Je peux traverser une période difficile sans passer des mois à m’y perdre.

C’est pour cela que l’image de la spirale me parle davantage que celle d’une ligne droite.

Nous repassons parfois par les mêmes territoires, mais avec davantage de conscience, d’expérience et de ressources.

La transformation ne se mesure alors plus à l’absence de difficultés.

Elle se mesure aussi à notre capacité à rester présents lorsque la vie nous déstabilise, à reconnaître ce qui se joue en nous et à retrouver notre centre.

Ce que l’ancienne alchimie peut encore nous enseigner

La tradition alchimique occidentale nous a transmis de nombreuses images de la transformation. Parmi les plus connues figurent Nigredo, Albedo, Citrinitas et Rubedo.

Nigredo évoque la dissolution et le dépouillement : ces périodes où ce qui structurait notre existence ne tient plus et où nous devons accepter de ne pas savoir immédiatement ce qui viendra ensuite.

Albedo parle de clarification, de purification et de réconciliation : le moment où nous pouvons commencer à regarder notre histoire autrement et à distinguer ce qui nous appartient de ce que nous avons hérité ou porté.

Citrinitas évoque l’apparition d’une nouvelle conscience : ce qui a été compris commence à orienter autrement notre manière de vivre.

Rubedo, enfin, représente l’unification : la possibilité de réunir ce que nous avions appris à opposer — le corps et l’esprit, l’ombre et la lumière, la force et la vulnérabilité, le féminin et le masculin, le sacré et la vie terrestre.

Ces images continuent de me toucher.

Mais je ne considère plus aujourd’hui la transformation comme une succession de quatre étapes que nous devrions accomplir dans un ordre déterminé.

L’être humain est plus complexe que cela.

Nous pouvons vivre une profonde intégration dans un domaine de notre vie et traverser simultanément une période de dépouillement dans un autre. Nous pouvons avoir acquis une grande maturité intérieure et rester profondément vulnérables à certains endroits.

Et surtout, aucune étape ne nous place définitivement à l’abri des bouleversements de la vie.

L’alchimie est vivante.

Le véritable travail commence parfois après la guérison

Il existe aujourd’hui une immense culture du développement personnel et de la guérison.

Elle nous a apporté des outils précieux. Elle nous a appris à parler de nos blessures, à reconnaître certains traumatismes, à questionner les héritages familiaux, à mieux comprendre nos mécanismes.

Mais elle comporte aussi un risque : celui de commencer à regarder chaque difficulté, chaque émotion ou chaque inconfort comme la preuve qu’il reste encore quelque chose à réparer.

J’ai moi-même connu cette tentation.

Toujours chercher plus loin. Aller plus profond. Trouver la prochaine couche. La prochaine pratique. La prochaine compréhension.

Jusqu’à comprendre qu’il existe un moment où continuer à chercher ce qui doit être guéri peut devenir une autre manière de ne jamais considérer que nous sommes prêts à vivre.

Nous ne serons jamais des êtres parfaitement guéris.

Nous resterons humains.

Nous aurons des jours de grande clarté et d’autres où nous serons fatigués, irritables, perdus ou vulnérables. Il nous arrivera encore de nous tromper, de retomber dans d’anciens schémas ou de prendre des décisions que nous comprendrons autrement avec le recul. Nous continuerons à rencontrer nos contradictions.

La maturité intérieure ne consiste pas à faire disparaître notre humanité.

Elle consiste à apprendre à l’habiter.

Le corps comme lieu d’intégration

Mon propre parcours spirituel m’a longtemps conduite vers des espaces très intérieurs : méditation, contemplation, états de conscience modifiés, voyages chamaniques, rituels, pratiques énergétiques.

Ces expériences ont profondément façonné la personne que je suis.

Mais elles m’ont aussi appris quelque chose d’essentiel : une expérience spirituelle, aussi profonde soit-elle, ne suffit pas.

Ce que nous découvrons doit pouvoir revenir dans le corps et dans la vie.

Comment est-ce que je prends soin de moi ?

Comment est-ce que je respecte mes limites ?

Comment est-ce que je réagis lorsqu’une relation me déstabilise ?

Comment est-ce que je travaille ?

Comment est-ce que je me repose ?

Comment est-ce que je prends mes décisions ?

Comment est-ce que j’habite mon corps, mon temps, ma maison, mes relations ?

C’est souvent là que nous découvrons ce qui a réellement été intégré.

Le corps nous ramène à une vérité très simple : nous ne sommes pas venus uniquement pour vivre des expériences de conscience.

Nous sommes incarnés.

Le sacré et la vie ne sont pas deux chemins différents

C’est probablement l’une des compréhensions les plus importantes de mon chemin actuel.

Pendant longtemps, la profondeur spirituelle peut nous donner l’impression que le sacré se trouve ailleurs : dans certains états de conscience, dans la méditation, dans les cérémonies, dans les temples, dans les expériences extraordinaires.

Aujourd’hui, je cherche de moins en moins à séparer ces mondes.

Le sacré peut être présent dans une cérémonie, mais aussi dans un repas partagé.

Dans une méditation, mais aussi dans le plaisir de danser.

Dans le silence, mais aussi dans le rire.

Dans une pratique spirituelle, mais aussi dans la manière dont nous prenons soin de notre corps, de notre maison, de nos relations et de notre travail.

Dans notre capacité à contempler l’invisible, mais également dans notre capacité à être pleinement présents au monde visible.

La spiritualité qui m’intéresse aujourd’hui n’est pas celle qui nous apprend à quitter la condition humaine.

C’est celle qui nous aide à l’habiter plus profondément.

L’alchimie se joue dans la vie quotidienne

Les grandes initiations ont leur place.

Les cérémonies, les retraites, les pratiques spirituelles, les enseignements et les expériences extraordinaires peuvent ouvrir des portes que nous n’aurions peut-être jamais franchies autrement.

Mais la transformation se vérifie ailleurs.

Lorsque je pose une limite alors qu’autrefois j’aurais dit oui par peur de déplaire.

Lorsque je reconnais une ancienne réaction sans lui permettre de décider à ma place.

Lorsque je choisis de me reposer plutôt que de traiter mon corps comme un obstacle à mes projets.

Lorsque je peux aimer quelqu’un sans me perdre dans la relation.

Lorsque je change d’avis parce que quelque chose n’est plus juste pour moi.

Lorsque je cesse de chercher une validation extérieure pour prendre une décision que je sais profondément m’appartenir.

Lorsque je peux accueillir une période de doute sans remettre en question tout le chemin parcouru.

C’est là que l’alchimie devient réelle.

Elle quitte le domaine de la compréhension pour entrer dans celui de l’incarnation.

Devenir son propre lieu de discernement

Un enseignant peut transmettre.

Un thérapeute peut accompagner.

Un guide peut ouvrir une porte.

Une tradition peut offrir une perspective.

Mais aucune personne extérieure ne devrait devenir l’autorité ultime sur notre propre expérience.

Plus j’avance, plus cette question du discernement me semble essentielle.

Un véritable chemin intérieur devrait progressivement nous rendre plus capables de nous écouter, de nous questionner, de sentir ce qui est juste pour nous et d’assumer nos choix.

Non pas parce que nous aurions toujours raison.

Mais parce que nous acceptons de devenir responsables de notre propre vie.

Le but n’est pas de ne plus avoir besoin des autres.

Nous avons besoin de relations, d’enseignements, de regards extérieurs, de communautés et parfois d’aide.

Mais recevoir de l’aide est très différent d’abandonner son autorité intérieure.

Un retour plutôt qu’une quête

Plus j’avance, moins je vois le chemin intérieur comme une ascension.

Je ne cherche plus à devenir une version supérieure de moi-même.

Je cherche davantage à vivre avec cohérence.

À réduire progressivement la distance entre ce que je ressens, ce que je sais, ce que je dis, ce que je choisis et ce que je vis.

À pouvoir être profondément reliée au sacré sans cesser d’appartenir pleinement à la vie.

À continuer à apprendre sans faire de moi-même un chantier permanent.

À reconnaître mes blessures sans construire mon identité autour d’elles.

À accueillir mes contradictions sans renoncer à évoluer.

À devenir plus libre, mais aussi plus humaine.

C’est aussi de cette compréhension qu’est née Alchimie Féminine et qu’elle continue, elle aussi, à évoluer.

Je ne souhaite pas offrir aux femmes une nouvelle identité à adopter, ni leur expliquer qui elles devraient devenir.

Je souhaite créer un espace dans lequel elles peuvent écouter, voir, ressentir, questionner, libérer ce qui n’a plus besoin d’être porté, retrouver leur discernement et apprendre à faire confiance à leur propre autorité intérieure.

Un espace où le travail intérieur ne devient pas une fin en soi, mais prépare à quelque chose de beaucoup plus simple et de beaucoup plus exigeant : vivre.

Car peut-être que l’alchimie la plus profonde n’est pas de devenir quelqu’un d’autre.

Peut-être est-elle de pouvoir enfin habiter pleinement la personne que nous sommes, et la vie qui est la nôtre.

 

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Mounia Bendriss Mounia Bendriss

La blessure du père : comprendre, transformer et se réapproprier son histoire

Comment l’absence, la distance ou le manque de reconnaissance d’un père peuvent-ils continuer à influencer notre vie adulte ? Une réflexion personnelle sur la blessure du père, notre relation au masculin, les répétitions relationnelles et la possibilité de transformer cet héritage sans renier notre histoire.

J’ai grandi avec un père absent.

Pendant longtemps, je n’ai pas mesuré à quel point cette absence avait influencé ma manière de me construire, d’entrer en relation et de chercher ma place.

Comme beaucoup de choses vécues pendant l’enfance, elle faisait simplement partie de mon histoire. On apprend à vivre avec ce qui est présent, mais aussi avec ce qui manque. Et ce n’est parfois que bien plus tard que l’on découvre combien certaines expériences continuent à agir dans notre vie d’adulte.

C’est à travers mon propre cheminement thérapeutique et spirituel que j’ai commencé à comprendre ce que l’absence de mon père avait laissé en moi. J’ai aussi appris à distinguer l’homme qu’il était, la relation que j’aurais souhaité avoir avec lui et les mécanismes que j’avais développés pour m’adapter à cette absence.

Car travailler sur la blessure du père ne consiste pas seulement à revisiter notre relation avec lui.

Il s’agit surtout de comprendre ce que cette relation a façonné en nous.

La blessure du père

Il n’existe pas une seule « blessure du père », ni une manière universelle de la vivre.

Un père peut avoir été physiquement absent, émotionnellement distant, instable, autoritaire ou peu disponible. Il peut avoir été présent dans la vie quotidienne sans que l’enfant se soit senti véritablement vu, soutenu ou reconnu.

À l’inverse, une séparation ou une distance géographique n’empêche pas nécessairement la construction d’un lien affectif solide.

Ce qui importe n’est donc pas seulement ce qui s’est objectivement passé, mais la manière dont l’enfant l’a vécu.

Un enfant n’a pas encore le recul nécessaire pour comprendre l’histoire, les blessures ou les limites de ses parents. Face à l’absence ou au manque, il cherche une explication avec les moyens dont il dispose.

Il peut alors en venir à croire qu’il doit mériter l’amour, qu’il vaut mieux ne dépendre de personne, qu’il ne peut pas compter sur les autres ou qu’il doit s’adapter pour conserver le lien.

Ces conclusions restent souvent silencieuses. Pourtant, elles peuvent progressivement devenir des façons d’être au monde.

Lorsque l’enfance influence notre relation au masculin

C’est probablement l’un des aspects que j’ai le plus profondément rencontrés dans mon propre parcours.

Pendant longtemps, l’absence de mon père a influencé ma relation au masculin de manière beaucoup plus large que je ne le pensais. Pas seulement dans mes relations amoureuses, mais aussi dans ma manière d’entrer en relation avec les hommes de ma famille, mes amis, et plus généralement avec les figures masculines qui ont jalonné ma vie.

Le père constitue souvent l’une de nos premières expériences du masculin. Lorsque cette relation est marquée par l’absence, la distance ou le manque de reconnaissance, son empreinte peut se retrouver dans différents types de liens. Elle peut influencer notre capacité à faire confiance aux hommes, à nous sentir en sécurité auprès d’eux, à nous affirmer face à eux, à recevoir leur soutien ou, au contraire, à rechercher leur reconnaissance de manière excessive.

Chez certaines personnes, cela peut prendre la forme d’une grande méfiance à l’égard du masculin. Chez d’autres, d’un besoin important d’être reconnues ou validées par les hommes. Certaines chercheront à créer très rapidement une proximité avec eux ; d’autres maintiendront une distance qui les protège de la possibilité d’être à nouveau déçues ou abandonnées.

Ces mécanismes peuvent naturellement apparaître dans la relation amoureuse, où l’intimité et l’attachement les rendent parfois plus visibles. Nous pouvons alors être attirées par des partenaires peu disponibles, attendre longtemps d’être choisies, tolérer des situations qui ne nous conviennent pas ou chercher auprès de l’autre une reconnaissance qui appartient en réalité à une histoire beaucoup plus ancienne.

Mais la répétition peut tout aussi bien apparaître ailleurs : dans une amitié avec un homme, dans une relation familiale, face à une figure d’autorité masculine ou simplement dans notre manière générale de nous positionner auprès des hommes.

Dans mon propre parcours, comprendre cela m’a permis d’élargir considérablement mon regard. La question n’était plus seulement de comprendre certaines de mes relations amoureuses, mais d’observer ma relation au masculin dans son ensemble : ce que j’en attendais, ce que je craignais, ce que je projetais parfois sur lui et la place que je lui accordais dans la perception de ma propre valeur.

Il ne s’agit évidemment pas de ramener toutes nos relations avec les hommes à notre père. Nos liens se construisent à partir de nombreuses expériences et continuent d’évoluer tout au long de notre vie.

Mais lorsque certaines situations se répètent, une question peut être éclairante :

Est-ce que je rencontre réellement cet homme tel qu’il est, ou est-ce qu’une partie de mon histoire influence encore la manière dont je le perçois et dont je me positionne face à lui ?

Regarder son histoire sans chercher un coupable

Reconnaître une blessure ne signifie pas condamner celui qui nous l’a laissée.

Cette distinction a été importante dans mon propre parcours.

En avançant dans le travail sur mon histoire familiale, j’ai progressivement découvert que nos parents arrivent eux-mêmes dans la parentalité avec ce qu’ils ont reçu — ou n’ont pas reçu.

Ils ont leur histoire, leurs blessures, leurs limites, mais aussi les modèles d’une époque, d’une culture et d’une famille qui ont façonné leur manière d’aimer et d’être en relation.

Comprendre le contexte dans lequel un parent s’est construit peut apporter un regard différent sur son histoire.

Mais comprendre n’oblige pas à minimiser.

Nous pouvons éprouver de la compassion pour les limites d’un père tout en reconnaissant ce qui nous a manqué.

Nous pouvons aimer quelqu’un et admettre qu’il nous a blessés.

Nous pouvons comprendre son histoire sans lui demander de justifier la nôtre.

Sortir du jugement ne signifie pas sortir de la vérité.

Derrière le père, une lignée

Le travail transgénérationnel m’a permis d’élargir encore ce regard.

Un père appartient lui-même à une histoire.

Derrière lui se trouvent d’autres hommes, d’autres couples, d’autres familles et d’autres générations. Des façons d’exercer l’autorité, d’exprimer ou de retenir les émotions, de prendre soin d’une famille, d’entrer en relation avec les femmes, d’affronter la difficulté ou de garder le silence.

Il y a aussi les événements qui ont marqué une lignée : deuils, séparations, déplacements, guerres, difficultés économiques, ruptures familiales, déracinements.

Tout ne se transmet évidemment pas de manière mystérieuse ou invisible. Beaucoup de transmissions passent simplement par ce que l’enfant observe, par ce qui lui est enseigné, par les rôles distribués dans la famille, les croyances répétées et les sujets dont on ne parle jamais.

Regarder plusieurs générations permet parfois de découvrir qu’un comportement que nous pensions strictement individuel appartient en réalité à une histoire familiale plus vaste.

Cette compréhension ne nous condamne pas à reproduire cette histoire.

Elle nous donne au contraire la possibilité d’en devenir plus conscients.

Nous héritons aussi de ressources

Lorsque l’on parle de transgénérationnel, il est facile de ne s’intéresser qu’aux traumatismes.

Je trouve cette vision incomplète.

Une lignée transmet également des forces.

Une capacité à survivre aux difficultés. Du courage. De l’intelligence. De la créativité. Un savoir-faire. Un sens de la famille ou de la communauté. Une capacité de travail. Une relation particulière à la terre, à la spiritualité, à l’humour ou à la transmission.

Nos ancêtres ne sont pas uniquement la somme de leurs blessures.

Et nous ne sommes pas uniquement les héritiers de leurs traumatismes.

Le travail sur une lignée peut donc devenir un travail de discernement : reconnaître ce que nous ne voulons plus reproduire, mais aussi identifier ce que nous souhaitons honorer et continuer à faire vivre.

De la réparation à la responsabilité

Il existe une étape particulièrement délicate dans ce travail.

Lorsque nous prenons conscience de ce qui nous a manqué, nous pouvons naturellement souhaiter que notre père le reconnaisse enfin.

Parfois, cette reconnaissance arrive. Une conversation devient possible. Une relation évolue.

Parfois, non.

Certains parents ne peuvent pas entendre notre expérience. Certains ne changeront pas. D’autres ne sont simplement plus là.

Notre vie ne peut pourtant pas rester suspendue à cette réparation.

À l’âge adulte, une part du chemin consiste à développer progressivement ce que nous avons longtemps attendu de l’extérieur : la capacité à nous protéger, à reconnaître notre propre valeur, à poser des limites, à créer de la stabilité et à choisir des relations dans lesquelles nous n’avons pas à nous battre constamment pour avoir une place.

Cela ne revient pas à prétendre que le manque n’a jamais existé.

Cela signifie que ce manque ne détient plus seul le pouvoir d’orienter nos choix.

C’est là, pour moi, que la responsabilité prend le relais de la réparation.

Non pas la responsabilité de ce qui nous est arrivé enfant.

Mais celle de ce que nous choisissons d’en faire aujourd’hui.

Faire de son histoire un héritage conscient

Je ne crois pas que guérir signifie effacer son histoire.

Je ne cherche d’ailleurs plus à effacer la mienne.

L’absence de mon père fait partie de ce qui m’a construite. Elle a créé des blessures, influencé certains de mes choix et demandé un long travail de compréhension. Mais ce travail m’a aussi permis de développer une conscience beaucoup plus fine de mes relations, de mes besoins, de mes limites et de ce que je souhaite aujourd’hui construire dans ma vie.

Avec le temps, la question a donc changé.

Elle n’est plus seulement : « Qu’est-ce que cette histoire a fait de moi ? »

Elle est devenue : « Qu’est-ce que je choisis d’en faire ? »

C’est peut-être là que réside l’une des dimensions les plus profondes du travail transgénérationnel.

Nous recevons une histoire que nous n’avons pas choisie.

Mais nous pouvons apprendre à discerner ce que nous souhaitons en conserver, ce que nous voulons transformer et ce que nous décidons de ne plus transmettre.

Nous ne choisissons pas ce dont nous héritons.

Nous pouvons, en revanche, choisir ce que nous en faisons.

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Mounia Bendriss Mounia Bendriss

La blessure de la mère : ce que nous recevons des femmes qui nous précèdent

Que recevons-nous des femmes qui nous précèdent ? Une réflexion sur la blessure maternelle et la lignée féminine, sur ce que nous héritons de nos mères et de nos grands-mères — leurs blessures et leurs silences, mais aussi leur force, leur courage et leurs ressources — et sur la possibilité de nous différencier sans renier celles qui nous ont précédées.

J’ai grandi entourée de femmes fortes.

Dans ma lignée maternelle, cette force traverse plusieurs générations, mais elle s’inscrit aussi dans des histoires marquées par l’absence et la perte.

Mon arrière-grand-mère maternelle est morte alors que ses enfants étaient encore très jeunes. Ma grand-mère a donc grandi pratiquement sans sa mère. Devenue adulte, elle a elle-même perdu son mari très tôt et s’est retrouvée avec de jeunes enfants à élever. Une génération plus tard, j’ai grandi avec une mère qui m’élevait seule.

Pendant longtemps, j’ai surtout vu dans cette histoire la force de ces femmes.

Leur capacité à faire face. À continuer. À prendre leurs responsabilités. À élever leurs enfants malgré les circonstances. À avancer lorsque la vie ne leur laissait pas vraiment le choix.

Cette force fait partie de mon héritage et j’en éprouve une profonde reconnaissance.

Mais en avançant dans mon propre travail intérieur et transgénérationnel, une autre question est apparue : que transmet une lignée de femmes qui ont dû être fortes ?

Car nous héritons parfois autant de la manière dont les femmes avant nous ont survécu que de ce qu’elles ont consciemment voulu nous transmettre.

La première relation

La relation à la mère est l’une des toutes premières expériences relationnelles de notre existence.

Avant même que nous puissions parler ou comprendre ce qui nous entoure, nous dépendons entièrement de la personne qui prend soin de nous. Nous découvrons à travers cette relation ce que signifie être nourri, apaisé, touché, regardé, protégé.

Mais aucune mère n’arrive dans cette relation sans histoire.

Elle y arrive avec ce qu’elle a elle-même reçu, ce qui lui a manqué, les modèles de maternité qu’elle a connus, les circonstances dans lesquelles elle vit et les ressources dont elle dispose à ce moment-là.

C’est une dimension qui me touche particulièrement lorsque je regarde ma propre lignée.

Ma grand-mère a dû devenir mère alors qu’elle avait elle-même grandi presque sans la sienne.

Cela ne me permet pas de savoir ce qu’elle ressentait ni de résumer sa maternité à cette absence. Mais cela m’amène à une question essentielle : comment apprend-on à donner ce que l’on a soi-même peu reçu ?

Parfois, on invente.

On fait autrement.

On donne précisément ce qui nous a manqué.

Et parfois aussi, certaines difficultés se transmettent parce que personne n’a encore eu la possibilité de les regarder.

La blessure maternelle n’est pas toujours un manque d’amour

Parler de « blessure de la mère » peut rapidement conduire à une vision simpliste dans laquelle une mère aurait échoué à aimer correctement son enfant.

La réalité est beaucoup plus complexe.

Une mère peut aimer profondément et être épuisée.

Elle peut être extrêmement présente dans certains domaines et moins disponible dans d’autres.

Elle peut protéger son enfant tout en lui transmettant certaines de ses peurs.

Elle peut vouloir lui offrir davantage de liberté que celle qu’elle a connue tout en reproduisant inconsciemment certains modèles familiaux.

Elle peut donner énormément et avoir pourtant du mal à répondre à certains besoins émotionnels qu’elle n’a jamais appris à reconnaître chez elle-même.

Reconnaître ce qui nous a manqué ne signifie donc pas nier ce que nous avons reçu.

Et reconnaître tout ce qu’une mère a donné ne nous oblige pas davantage à nier ce qui nous a blessés.

La maturité consiste peut-être justement à pouvoir tenir ensemble ces différentes réalités.

Quand être forte devient une nécessité

Dans certaines familles, la force féminine est une valeur.

Dans d’autres, elle a d’abord été une nécessité.

Les femmes ont dû travailler, élever leurs enfants, faire face aux deuils, aux séparations, aux difficultés matérielles ou à l’absence des hommes. Elles ont appris à continuer parce qu’il fallait continuer.

Cette capacité peut devenir une ressource extraordinaire transmise aux générations suivantes.

Savoir faire face.

Être autonome.

Ne pas s’effondrer devant la difficulté.

Prendre des responsabilités.

Trouver des solutions.

Protéger ceux que l’on aime.

Je reconnais profondément cet héritage dans ma propre lignée.

Mais toute stratégie qui nous a permis de traverser une situation peut devenir contraignante lorsqu’elle devient la seule manière possible d’exister.

Que se passe-t-il lorsque « je suis capable » devient « je dois tout porter » ?

Lorsque demander de l’aide devient inconfortable ?

Lorsque se reposer provoque de la culpabilité ?

Lorsque montrer que l’on ne va pas bien semble plus difficile que continuer malgré l’épuisement ?

Lorsque prendre soin des autres devient tellement naturel que l’on ne sait plus très bien comment se laisser soutenir à son tour ?

La force n’est pas le problème.

La question est de savoir si nous pouvons également nous autoriser à ne pas être fortes tout le temps.

Ce qui se transmet entre femmes

Les transmissions familiales ne passent pas uniquement par les paroles.

Nous apprenons énormément en observant.

Comment les femmes de notre famille parlent-elles de leur corps ?

Quelle place accordent-elles à leurs besoins ?

Comment vivent-elles leurs relations ?

Que pensent-elles de l’argent, du travail, de la maternité, du couple, du plaisir, du vieillissement ?

Que tolèrent-elles ?

Que refusent-elles ?

Quelles émotions peuvent-elles montrer ?

Lesquelles doivent rester cachées ?

Qu’est-ce qu’une « bonne femme », une « bonne épouse » ou une « bonne mère » dans cette famille ?

Une petite fille absorbe une partie de ces messages bien avant de pouvoir les questionner.

Certains deviendront des ressources. D’autres pourront devenir des contraintes.

Et certaines règles familiales sont si anciennes qu’aucune femme ne se souvient vraiment de leur origine.

Le travail transgénérationnel permet alors de les rendre visibles.

Non pour chercher systématiquement un traumatisme derrière chaque comportement, mais pour nous demander avec davantage de liberté : est-ce encore ainsi que je souhaite vivre ?

Se différencier sans renier

Il peut être difficile de remettre en question certains héritages familiaux, particulièrement lorsqu’ils sont associés à des femmes que nous aimons et admirons.

Faire autrement peut parfois donner l’impression de trahir.

Si les femmes avant moi ont supporté, ai-je le droit de refuser ?

Si elles ont toujours fait passer leur famille avant elles, ai-je le droit de choisir autrement ?

Si elles ont traversé des épreuves immenses sans se plaindre, ai-je le droit de dire que quelque chose est trop difficile pour moi ?

Si ma mère a tant fait pour moi, ai-je le droit de reconnaître malgré tout certaines blessures ?

Ces questions touchent à la loyauté.

Pourtant, honorer les femmes qui nous précèdent ne signifie pas reproduire leur vie.

Nous pouvons éprouver une immense gratitude pour ce qu’elles ont porté et décider que certaines charges s’arrêtent avec nous.

Nous pouvons reconnaître leur force sans devoir reproduire leurs sacrifices.

Nous pouvons aimer notre mère sans devenir semblable à elle.

Nous pouvons nous différencier sans renier notre appartenance.

Notre mère est aussi une femme

Il arrive un moment où nous pouvons commencer à regarder notre mère autrement.

Non plus seulement depuis la place de l’enfant qui a reçu ou attendu quelque chose d’elle, mais comme une femme avec sa propre histoire.

Cela ne signifie pas renoncer à notre expérience d’enfant.

Cela permet simplement d’ajouter une autre perspective.

Qui était cette femme avant de devenir ma mère ?

Qu’avait-elle vécu ?

Quels rêves avait-elle ?

Quelles possibilités lui étaient accessibles ?

Quelles contraintes pesaient sur elle ?

Qu’avait-elle elle-même reçu de sa mère ?

Qu’avait-elle décidé de reproduire ou, au contraire, de faire différemment ?

Ce changement de regard peut parfois ouvrir un espace nouveau.

La mère cesse progressivement d’être seulement « ma mère » pour redevenir une personne entière.

Et paradoxalement, cette humanisation peut nous aider à nous séparer d’elle intérieurement.

Parce que nous n’avons plus besoin qu’elle soit parfaite pour reconnaître ce qu’elle nous a donné, ni qu’elle soit entièrement responsable pour reconnaître ce qui nous a manqué.

Une lignée ne transmet jamais uniquement ses blessures

C’est un point auquel je tiens profondément.

Le travail transgénérationnel est parfois présenté comme une recherche presque infinie de traumatismes hérités.

Je ne souhaite pas regarder ma lignée de cette manière.

Les femmes qui m’ont précédée ne m’ont pas seulement transmis leurs difficultés.

Elles m’ont transmis leur force.

Leur capacité à continuer.

Leur sens des responsabilités.

Leur courage.

Leur capacité à s’adapter à des circonstances qu’elles n’avaient pas choisies.

Et certainement beaucoup d’autres choses dont je n’ai même pas conscience.

Faire un travail sur sa lignée maternelle ne consiste donc pas à vouloir s’en libérer.

Il s’agit davantage de pouvoir regarder ce que nous avons reçu avec discernement.

Qu’est-ce qui me nourrit encore ?

Qu’est-ce qui m’a protégée mais me limite aujourd’hui ?

Qu’est-ce qui ne m’appartient pas ?

Qu’est-ce que je souhaite préserver ?

Et qu’est-ce que je veux vivre autrement ?

De la survie à la liberté de choisir

Lorsque je regarde aujourd’hui les femmes de ma lignée, je ne souhaite ni idéaliser leur force ni réduire leur histoire à leurs blessures.

Je souhaite pouvoir reconnaître les deux.

Je viens de femmes qui ont fait face à la vie.

Cette force vit aussi en moi.

Mais recevoir cet héritage ne signifie pas devoir reproduire exactement la manière dont elles ont vécu.

Peut-être que l’une des possibilités offertes aux générations suivantes est justement celle-ci : transformer une capacité de survie en liberté de choisir.

Être forte lorsque la vie le demande, sans faire de la force une identité permanente.

Prendre soin des autres sans disparaître derrière leurs besoins.

Être autonome tout en sachant recevoir.

Aimer sa famille sans devoir lui être identique.

Honorer sa mère sans renoncer à devenir pleinement soi-même.

Nous n’avons pas choisi l’histoire dans laquelle nous sommes nées.

Mais nous pouvons apprendre à la regarder avec suffisamment de conscience pour ne plus tout transmettre indistinctement.

Certaines choses méritent de continuer.

D’autres peuvent s’arrêter.

Et d’autres encore peuvent être transformées pour devenir quelque chose de nouveau.

C’est peut-être aussi cela, honorer une lignée : ne pas seulement porter ce que les femmes avant nous nous ont laissé, mais permettre à leur héritage de continuer à vivre autrement à travers nous.

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Mounia Bendriss Mounia Bendriss

Le soin chamanique : une approche globale de l’être

De toutes les approches que j’utilise dans mes accompagnements, le soin chamanique est celle qui m’est la plus chère. Une pratique que j’explore depuis 2019 et que j’ai profondément approfondie au fil des années, pour sa capacité à travailler simultanément avec le corps, les émotions, les dimensions symboliques et spirituelles de notre expérience.

Parmi toutes les approches que j’ai découvertes, pratiquées et intégrées au fil des années dans ma manière d’accompagner, le soin chamanique est celle que j’affectionne le plus.

J’ai découvert le chamanisme à Bali en 2019, à travers les enseignements de la Foundation for Shamanic Studies. Après plusieurs années de pratique, j’ai souhaité approfondir cette voie et j’ai suivi, entre 2023 et 2025, un programme avancé initiatique de trois ans consacré à la pratique chamanique.

Ces années m’ont permis d’explorer différentes formes de soin, mais aussi d’affiner progressivement ma posture de praticienne : apprendre à observer avant d’interpréter, à ne pas décider à l’avance de ce dont une personne aurait besoin, à reconnaître les limites de ma propre perception et à laisser une véritable place à ce qui émerge pendant le soin.

Si cette approche occupe aujourd’hui une place particulière dans mon travail, c’est notamment parce qu’elle correspond à ma manière de percevoir l’être humain : dans sa globalité.

Le corps, les émotions, la psyché, l’énergie, l’histoire personnelle, les relations et la dimension spirituelle ne fonctionnent pas indépendamment les uns des autres. Une difficulté peut toucher plusieurs de ces dimensions à la fois, et ce qui apparaît à un endroit peut parfois trouver ses racines ailleurs.

Le soin chamanique permet précisément de travailler sans imposer d’emblée une séparation entre ces différents aspects de l’expérience humaine.

C’est cette richesse qui, après plusieurs années de pratique, continue à me passionner.

Une autre manière d’envisager le soin

Dans la vision chamanique, l’être humain n’est pas considéré comme un individu isolé.

Il appartient à un ensemble plus vaste : une famille, une lignée, une communauté, le monde vivant et, selon la cosmologie chamanique, le monde des esprits.

Cette dimension relationnelle est fondamentale.

Une difficulté n’est donc pas nécessairement abordée comme un problème isolé qu’il faudrait corriger. Le travail peut s’intéresser à ce qui semble avoir été perdu, fragilisé, interrompu ou déséquilibré dans la relation que la personne entretient avec elle-même, avec les autres ou avec son environnement.

C’est une manière d’envisager le soin qui me parle profondément parce qu’elle ne cherche pas uniquement à faire disparaître un symptôme ou un inconfort.

Elle pose une question plus large : qu’est-ce qui a besoin d’être restauré pour que la personne puisse retrouver davantage de vitalité, d’équilibre et de présence à elle-même ?

Une pratique fondée sur la relation avec les esprits alliés

Dans le cadre chamanique dans lequel j’ai été formée, le praticien ne considère pas qu’il accomplit seul le soin.

Il travaille en relation avec ses esprits alliés.

Le voyage chamanique constitue l’un des fondements de cette pratique. Il permet au praticien, dans le cadre de cette cosmologie, d’entrer en relation avec ses alliés et de recevoir les indications qui orienteront le soin.

J’ai consacré un article distinct au voyage chamanique, à son fonctionnement et aux différentes manières de comprendre les expériences qui peuvent s’y présenter.

Dans le contexte du soin, ce qui m’importe particulièrement est la posture que cela demande au praticien.

Je peux avoir entendu l’histoire de la personne. Je peux avoir une intuition sur ce qui se joue. Je peux reconnaître certains thèmes.

Mais je ne dois pas décider à l’avance de ce que je vais trouver ni de ce qui doit être fait.

Cette disponibilité est essentielle.

Elle permet au soin de ne pas devenir la simple confirmation de ce que nous pensions déjà savoir.

Restaurer ce qui a été fragilisé

Le soin chamanique comprend différentes pratiques, dont certaines peuvent sembler inhabituelles lorsqu’on les découvre pour la première fois.

On parle notamment d’extraction, de recouvrement d’âme ou de restauration de pouvoir.

Ces pratiques répondent à des situations différentes, mais elles partagent une même intention : restaurer un équilibre qui a été fragilisé.

Dans la conception chamanique, certaines expériences particulièrement difficiles peuvent s’accompagner d’une perte de vitalité ou d’un sentiment de fragmentation. Le recouvrement d’âme s’inscrit dans cette perspective : il vise symboliquement et spirituellement à restaurer une part de cette intégrité.

L’extraction répond à une autre logique. Elle consiste à retirer ce qui est perçu, dans le cadre du soin, comme une énergie qui ne devrait pas être présente ou qui entrave la personne.

La restauration de pouvoir vise quant à elle à renforcer ou à rétablir une ressource qui semble manquer.

Ces termes appartiennent à une cosmologie et à une tradition particulières. Je trouve important de les utiliser comme tels et de ne pas les transformer en diagnostics psychologiques ou médicaux.

Le soin chamanique ne remplace pas un suivi médical, psychologique ou psychiatrique lorsqu’il est nécessaire.

Chaque soin est différent

C’est l’un des aspects que j’aime le plus dans cette pratique : il n’existe pas, dans ma manière de travailler, de déroulement identique pour chaque personne.

Deux personnes peuvent arriver avec des problématiques apparemment similaires et recevoir des soins très différents.

Une même personne peut également vivre des séances qui ne se ressemblent pas du tout selon le moment de son parcours.

Je ne pars donc pas d’un protocole dans lequel telle difficulté devrait automatiquement correspondre à telle intervention.

La personne me partage ce qu’elle traverse et ce qu’elle souhaite travailler. Cela constitue un point de départ, mais pas une conclusion.

Le reste se découvre pendant le soin.

Cette absence de scénario préétabli demande de rester disponible à l’inattendu et de ne pas chercher à faire entrer ce qui apparaît dans une interprétation déjà construite.

Le langage des images et des symboles

Le soin chamanique possède également un langage qui m’est particulièrement cher : celui des images et des symboles.

Un animal peut apparaître.

Une partie du corps peut devenir centrale.

Un paysage peut se transformer.

Une image inattendue peut surgir et apporter un éclairage que les mots n’auraient peut-être pas permis d’atteindre de la même manière.

C’est aussi l’un des endroits où mon intérêt pour le chamanisme rencontre mon intérêt pour la psyché et le travail de Jung.

Je ne confonds pas ces approches. La psychologie jungienne et le chamanisme ne donnent pas la même explication à l’origine ou à la nature de ces images.

Mais toutes deux nous invitent à ne pas considérer l’image comme quelque chose d’insignifiant.

Une image peut porter une information, provoquer une émotion, révéler une dynamique ou ouvrir une compréhension.

Et elle n’a pas toujours besoin d’être immédiatement expliquée.

Certaines images continuent à travailler longtemps après la séance et prennent leur sens progressivement.

Le soin ne s’arrête pas à la séance

Un soin peut être profond sans pour autant transformer à lui seul une vie entière.

Cette distinction est importante pour moi.

Une séance peut apporter une sensation de reconnexion, faire émerger une compréhension, remettre quelque chose en mouvement ou permettre à une personne de retrouver une ressource intérieure.

Mais elle retourne ensuite dans sa vie.

Et ce qu’elle choisit d’y faire reste essentiel.

Une limite devra peut-être être posée.

Une relation regardée différemment.

Une habitude modifiée.

Une émotion accueillie.

Une décision prise.

Parfois, le travail ouvert pendant un soin demande simplement du temps. Parfois, il peut être utile de le poursuivre avec un autre type d’accompagnement.

Le soin ne remplace pas la responsabilité personnelle.

Il peut soutenir un processus, mais il ne dispense pas de le vivre.

Le discernement et la responsabilité du praticien

Mes années de formation, et particulièrement le programme avancé suivi entre 2023 et 2025, m’ont appris de nombreuses pratiques.

Mais l’un des apprentissages les plus importants concerne probablement la responsabilité du praticien.

Travailler avec des perceptions, des images et des expériences qui appartiennent au domaine spirituel exige du discernement.

Une vision n’est pas une vérité absolue.

Une interprétation ne doit pas être imposée à la personne.

Une expérience spirituelle ne donne pas au praticien une autorité sur la vie de celui ou celle qu’il accompagne.

Il faut également savoir reconnaître les limites de ce que nous pouvons accompagner et orienter une personne vers d’autres professionnels lorsque la situation le demande.

Cette responsabilité concerne aussi notre propre état.

Accompagner les autres demande de continuer à nous observer, à travailler sur nous-mêmes, à reconnaître nos projections et à savoir nous arrêter lorsque nous ne sommes pas dans les conditions nécessaires pour pratiquer avec suffisamment de présence.

Je ne crois pas qu’un praticien devienne un jour quelqu’un qui aurait terminé son propre chemin.

Nous restons humains.

Nous continuons à traverser nos processus, à apprendre et à rencontrer nos limites.

Pour moi, cette conscience n’affaiblit pas la posture du praticien.

Elle en fait partie.

Une pratique qui continue à m’enseigner

Depuis 2015, j’ai exploré et intégré différentes approches dans ma manière d’accompagner.

Certaines travaillent davantage avec le corps, d’autres avec l’énergie, le son, la méditation, les archétypes ou différentes formes de voyages intérieurs.

Chacune possède sa richesse et peut être particulièrement pertinente selon la personne et ce qu’elle traverse.

Pourtant, le soin chamanique conserve pour moi une place singulière.

J’aime sa capacité à accueillir plusieurs dimensions de l’être humain sans chercher à les isoler les unes des autres.

J’aime la place qu’il accorde au symbole et à l’invisible, tout en me demandant de rester attentive à ce qui se passe concrètement dans la vie de la personne.

J’aime aussi qu’après toutes ces années, cette pratique continue à me surprendre.

Aucun soin n’est tout à fait prévisible.

Et peut-être est-ce précisément ce qui m’oblige à rester présente, curieuse et humble devant ce que je ne sais pas.

C’est aujourd’hui la pratique thérapeutique que j’affectionne le plus, non parce que je pense qu’elle peut répondre à tout, mais parce qu’elle correspond profondément à ma manière d’accompagner : considérer la personne dans sa globalité, écouter avant d’intervenir et ne jamais réduire un être humain à la difficulté qui l’amène à demander de l’aide.

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Mounia Bendriss Mounia Bendriss

Sound Healing : lorsque le son devient un voyage intérieur

Découvert à Bali en 2014, le travail avec le son accompagne mon parcours depuis plus de dix ans. Des gongs aux bols tibétains, du tambour à la voix et aux mantras, une exploration du pouvoir du son et des vibrations comme portes d’entrée vers le corps, les émotions et le voyage intérieur.

J’ai découvert le Sound Healing à Bali en 2014.

J’ai toujours été profondément sensible à la musique. Certaines musiques peuvent modifier presque instantanément mon état intérieur, faire surgir une émotion, une image ou un souvenir. Mais la découverte du Sound Healing m’a permis d’expérimenter le son d’une autre manière.

Il ne s’agissait plus seulement d’écouter de la musique.

Il s’agissait de recevoir le son.

Sentir la vibration d’un gong traverser l’espace et résonner dans le corps. Écouter les harmoniques d’un bol tibétain se déployer longtemps après qu’il a été frappé. Sentir le rythme répétitif d’un tambour modifier progressivement la qualité de l’attention.

Cette première rencontre a ouvert une exploration qui ne m’a plus vraiment quittée.

Entre 2021 et 2022, j’ai choisi de me former plus spécifiquement au travail avec le son et différents instruments. C’est à ce moment-là qu’une pratique qui m’accompagnait depuis plusieurs années dans mon parcours personnel a commencé à trouver naturellement sa place dans les espaces que je proposais aux autres.

Aujourd’hui, le son est devenu l’un des langages de mon accompagnement.

Le son est aussi une expérience corporelle

Nous pensons spontanément que nous écoutons avec nos oreilles.

Pourtant, certains sons sont immédiatement ressentis dans le corps.

Les vibrations profondes d’un gong peuvent être perçues dans la poitrine, le ventre ou la peau. Les bols tibétains produisent des harmoniques qui se superposent et se prolongent. Le tambour introduit encore une autre dimension : celle du rythme et de la pulsation.

C’est l’une des raisons pour lesquelles j’aime travailler avec des instruments traditionnellement associés aux pratiques rituelles ou contemplatives : gongs, bols tibétains, tambours et autres instruments acoustiques dont la richesse ne tient pas seulement à la mélodie, mais à la vibration, au rythme, à la résonance et aux harmoniques.

Le corps ne reste pas spectateur.

Il participe à l’expérience.

Certaines personnes ressentent très distinctement les vibrations. D’autres remarquent une modification de leur respiration ou une détente progressive. Des émotions peuvent émerger. Des images peuvent apparaître.

Et parfois, il ne se passe rien de spectaculaire.

Il y a simplement l’expérience d’être là, dans son corps, en train d’écouter.

La voix, notre premier instrument

Parmi tous les instruments que j’ai rencontrés, il en est un qui occupe une place particulière : la voix.

Parce que la voix ne vient pas seulement jusqu’au corps.

Elle naît du corps.

Lorsque nous chantons, fredonnons ou répétons un son, nous produisons nous-mêmes la vibration que nous ressentons. La respiration, le diaphragme, la gorge, la poitrine, le visage et parfois l’ensemble du corps participent à cette expérience.

C’est probablement ce qui rend la voix si particulière.

Nous n’avons besoin d’aucun instrument extérieur.

Nous portons déjà le son en nous.

Le chant peut modifier notre respiration, mobiliser le corps et agir sur notre état émotionnel. Les recherches contemporaines s’intéressent d’ailleurs de plus en plus aux effets du chant, de la vocalisation et du fredonnement sur la régulation physiologique et le bien-être.

Mais bien avant que la science ne commence à étudier ces mécanismes, les êtres humains utilisaient déjà la voix pour prier, célébrer, accompagner les passages de la vie, apaiser, rassembler et entrer dans des états de conscience différents.

Toutes les cultures ou presque possèdent leurs chants.

Ce n’est probablement pas un hasard.

Le mantra : lorsque la voix rencontre la répétition

Ma relation au son passe également par les mantras.

Un mantra n’est pas simplement une phrase que l’on répète pour se convaincre de quelque chose.

Dans les traditions dont il est issu, le son lui-même occupe une place centrale. La prononciation, le rythme, la répétition et la vibration participent à la pratique.

Lorsque nous répétons un mantra pendant plusieurs minutes, quelque chose peut progressivement changer dans la qualité de notre attention.

Le mental continue parfois à produire des pensées, mais nous cessons de les suivre de la même manière.

La respiration trouve son rythme.

La voix se pose.

Le corps entre dans la répétition.

Et le mantra peut devenir une forme de méditation.

C’est une dimension du son qui m’accompagne beaucoup dans ma pratique personnelle : la voix n’est plus seulement un moyen d’expression. Elle devient un support de présence.

Lorsque plusieurs instruments créent un paysage

Ce qui me fascine particulièrement dans le Sound Healing est aussi la manière dont différents instruments peuvent créer progressivement un véritable paysage sonore.

Un son apparaît.

Puis un autre.

Une vibration se prolonge tandis qu’une nouvelle vient la rejoindre.

Certains instruments enveloppent. D’autres surprennent. Certains semblent ouvrir l’espace, d’autres ramènent très directement au corps.

La voix peut elle aussi entrer dans ce paysage.

Lorsque ces différentes sonorités se rencontrent, nous ne sommes plus simplement en train d’écouter une succession de sons.

Nous entrons dans une expérience.

Et c’est là que, pour moi, le Sound Healing rejoint naturellement le voyage intérieur.

Voyager à travers le son

Un voyage intérieur n’a pas toujours besoin d’être guidé par des mots ou par une visualisation.

Parfois, le son suffit.

Lorsque nous fermons les yeux et cessons momentanément d’avoir à regarder, parler, décider ou comprendre, notre attention devient disponible autrement.

Des images peuvent apparaître.

Des couleurs.

Des paysages.

Des souvenirs.

Des sensations corporelles.

Des émotions.

Parfois, une histoire intérieure semble se dérouler spontanément. Parfois, aucune image n’apparaît, mais nous ressentons une modification de notre perception du temps, de l’espace ou du corps.

C’est cette dimension que j’aime particulièrement lorsque plusieurs instruments sont utilisés.

Ils composent un paysage dans lequel chacun peut suivre son propre chemin.

Deux personnes allongées dans la même pièce, recevant exactement les mêmes sons, peuvent vivre des expériences totalement différentes.

Plusieurs portes vers le voyage intérieur

C’est aussi ce qui crée, pour moi, un lien naturel entre le Sound Healing, le voyage chamanique et les autres formes de voyages intérieurs que j’utilise dans mon travail.

Ils ne sont pas identiques.

Dans un voyage guidé, la voix propose généralement une direction, une image ou un point de départ.

Dans le voyage chamanique, le rythme répétitif du tambour soutient l’entrée dans ce que la tradition chamanique appelle la réalité non ordinaire.

Dans une expérience sonore, les instruments et la voix peuvent devenir eux-mêmes les guides du voyage.

Il n’y a pas nécessairement d’histoire à suivre.

Le son crée l’espace.

Et chacun rencontre ce qui émerge dans cet espace.

Vibration et silence

Avec les années, j’ai également appris que travailler avec le son signifie travailler avec le silence.

Les espaces entre les sons comptent.

Un gong résonne puis disparaît progressivement.

Une voix s’arrête.

Un bol cesse de vibrer.

Et quelque chose continue pourtant à être perçu pendant quelques instants.

Le silence permet d’accueillir cette résonance.

Il évite aussi de saturer l’expérience.

J’aime cette alternance entre le son et le silence parce qu’elle nous rappelle que l’écoute ne consiste pas uniquement à recevoir toujours davantage.

Elle demande également de laisser de l’espace.

Que signifie réellement « Sound Healing » ?

Avec les années, j’ai aussi pris davantage de recul par rapport au mot healing.

Je ne considère pas qu’un gong, un bol, une fréquence particulière ou une séance sonore puisse automatiquement « guérir » quelqu’un.

Et je me méfie des affirmations très précises attribuant à telle fréquence ou tel instrument le pouvoir de traiter une émotion, un organe ou une maladie déterminée.

Ce n’est pas ainsi que j’utilise le son.

Le son peut créer des conditions favorables à la détente, à l’écoute, à la présence au corps et à l’exploration intérieure.

Il peut accompagner l’émergence d’une émotion.

Il peut nous aider à déplacer momentanément notre attention habituelle.

Il peut soutenir une pratique méditative ou accompagner un processus plus large.

Mais ce qui se produit appartient toujours à la personne qui reçoit.

Le son n’accomplit pas le chemin à notre place.

Le son dans ma manière d’accompagner

Aujourd’hui, je n’utilise pas le son comme une technique séparée du reste de mon travail.

Il est devenu l’un de mes outils.

Parfois pour ouvrir un espace.

Parfois pour accompagner un voyage intérieur.

Parfois pour soutenir un moment d’intégration.

Parfois pour inviter le corps à participer davantage.

Et parfois simplement parce qu’un son me semble plus juste qu’une parole.

Nous cherchons souvent à comprendre immédiatement ce que nous vivons.

À expliquer.

À interpréter.

À trouver du sens.

Mais tout n’a pas besoin d’être compris au moment où cela se produit.

Certaines expériences ont d’abord besoin d’être ressenties.

Le son offre cet espace.

Écouter autrement

Depuis ma première découverte du Sound Healing à Bali en 2014, puis à travers les formations que j’ai suivies entre 2021 et 2022, ma relation au son n’a cessé d’évoluer.

Je suis toujours fascinée par sa capacité à nous faire entrer dans une expérience qui passe moins par l’analyse et davantage par le corps, la sensation et l’écoute.

Je ne cherche pas nécessairement à savoir ce que chaque son est censé « faire ».

Je préfère observer ce qu’il ouvre.

Un espace de présence.

Une sensation.

Une émotion.

Un mouvement intérieur.

Un paysage derrière les yeux fermés.

Ou simplement quelques instants pendant lesquels nous pouvons cesser de faire pour nous rendre disponibles à ce qui est là.

C’est probablement pour cela que, plus de dix ans après ma première rencontre avec cette pratique, le son continue de m’accompagner.

Parce qu’avant même de chercher à transformer quoi que ce soit, il nous invite à quelque chose de très simple : écouter.

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Mounia Bendriss Mounia Bendriss

Le voyage chamanique : entrer en relation avec le monde invisible

Qu’est-ce que le voyage chamanique, et que rencontrons-nous lorsque nous entrons dans ces espaces intérieurs ? Une exploration personnelle d’une pratique que j’ai découverte à Bali en 2019, entre monde invisible, imagination, symboles et esprits alliés, où l’expérience n’a de sens que si elle nourrit notre manière d’habiter le monde visible.

J’ai découvert le voyage chamanique en 2019, à Bali.

À cette époque, je poursuivais déjà depuis plusieurs années un chemin d’exploration intérieure et spirituelle, mais le chamanisme allait ouvrir un territoire différent.

Ma première rencontre avec cette pratique s’est faite auprès de Kevin B. Turner, directeur de la Foundation of Shamanic Studies en Asie, dans le cadre de l’approche transmise par la Foundation for Shamanic Studies (FSS), fondée par l’anthropologue Michael Harner.

Je ne savais pas encore la place que cette découverte allait prendre dans ma vie.

Ce qui avait commencé comme l’apprentissage d’une pratique allait devenir, au fil des années, une manière particulière d’entrer en relation avec mon monde intérieur, avec le sacré et avec ce que la tradition chamanique appelle le monde des esprits.

Aujourd’hui encore, après des années de pratique et de formation, le voyage reste pour moi un espace d’exploration, d’écoute et d’apprentissage.

Mais qu’est-ce qu’un voyage chamanique ?

Et que se passe-t-il réellement lorsque nous voyageons ?

Voyager sans se déplacer

Extérieurement, il se passe très peu de choses.

Le corps est immobile, généralement allongé ou assis. Les yeux sont fermés. Le rythme répétitif du tambour accompagne le voyage.

Et pourtant, intérieurement, un autre espace peut s’ouvrir.

Des paysages apparaissent.

Des images.

Des sensations.

Des animaux, des personnages ou des présences.

Parfois une scène extrêmement précise. Parfois presque rien au début.

Le voyage chamanique consiste à diriger volontairement son attention vers cet espace et à apprendre progressivement à s’y déplacer, à observer ce qui s’y présente et à entrer en relation avec lui.

Dans la cosmologie chamanique enseignée par la FSS, le voyage s’effectue traditionnellement dans ce que l’on appelle la réalité non ordinaire, organisée symboliquement en trois mondes : le Monde d’en bas, le Monde du milieu et le Monde d’en haut.

Ces territoires ne correspondent pas à une hiérarchie morale. Le Monde d’en bas n’est pas un enfer et le Monde d’en haut n’est pas un paradis. Ce sont des espaces distincts, auxquels la pratique attribue des caractéristiques et des fonctions différentes.

Le voyageur apprend à les explorer et à y rencontrer ce que la tradition appelle des esprits alliés ou des esprits enseignants.

Esprit, inconscient, imagination : que rencontrons-nous ?

C’est probablement l’une des questions les plus intéressantes.

Dans une perspective chamanique, les êtres rencontrés pendant un voyage ne sont pas considérés comme de simples créations de l’imagination. Ils appartiennent à une réalité invisible avec laquelle le praticien apprend à entrer en relation.

C’est le cadre dans lequel j’ai été formée et c’est aussi celui à partir duquel je pratique.

Mais je trouve important de laisser cette question ouverte.

Car une autre personne pourrait regarder une expérience très proche depuis une perspective psychologique et parler d’images issues de l’inconscient, de symboles ou de figures archétypales.

Carl Gustav Jung a consacré une part importante de son travail à cette capacité de la psyché à produire des images autonomes et chargées de sens.

Dans ce qu’il appelait l’imagination active, il ne s’agissait pas simplement d’inventer volontairement une histoire. La personne laissait apparaître une image, puis entrait consciemment en relation avec elle. Elle pouvait observer son évolution, dialoguer avec un personnage, suivre un mouvement et découvrir ce que cette rencontre faisait émerger.

Il existe évidemment des différences importantes entre l’imagination active jungienne et le voyage chamanique. Ils ne viennent ni de la même tradition, ni de la même compréhension du monde, ni des mêmes pratiques.

Mais je trouve leur rapprochement passionnant.

Dans les deux cas, nous cessons momentanément de considérer l’imagination comme une simple fabrication sans valeur pour lui reconnaître une capacité à nous conduire vers des informations auxquelles notre pensée habituelle n’accède pas toujours.

L’imagination n’est pas « juste imaginaire »

C’est souvent l’un des premiers obstacles rencontrés par les personnes qui découvrent le voyage.

« Est-ce que je ne suis pas simplement en train d’inventer ? »

La question est légitime.

Nous avons appris à opposer très fortement ce qui est « réel » à ce qui est « imaginaire », comme si une expérience intérieure perdait toute valeur dès lors que nous ne pouvions pas prouver qu’elle provenait d’une réalité extérieure.

Pourtant, notre monde intérieur s’exprime constamment à travers des images.

Nous rêvons.

Nous imaginons.

Nous associons spontanément certaines images à certaines émotions.

Une musique peut faire surgir un souvenir enfoui depuis des années. Un rêve peut nous bouleverser davantage qu’un événement vécu pendant la journée.

L’image possède son propre langage.

Le voyage nous apprend à lui prêter attention.

Cela ne signifie pas que chaque image doit être interprétée comme un message ou prise au pied de la lettre.

Au contraire, plus je pratique, plus le discernement me paraît essentiel.

Une expérience intérieure peut être profonde sans constituer une vérité absolue.

Du voyage chamanique au voyage intérieur

C’est aussi pour cette raison que, dans mon travail aujourd’hui, j’utilise volontiers l’expression « voyage intérieur ».

Elle permet d’ouvrir un espace plus large.

Tous les voyages intérieurs que je propose ne sont pas nécessairement des voyages chamaniques au sens strict.

Certains s’appuient davantage sur la visualisation, le travail symbolique, le corps, l’imaginaire ou les archétypes. D’autres peuvent emprunter certains éléments à ma pratique chamanique.

Ce qui les réunit est une même invitation : quitter momentanément le mode de pensée analytique pour entrer dans une autre forme d’écoute.

Notre intelligence ne passe pas uniquement par les mots.

Une image peut parfois nous permettre d’approcher quelque chose que nous étions incapables de formuler.

Un paysage intérieur peut représenter avec une étonnante précision notre état du moment.

Un personnage rencontré peut porter une qualité que nous avons besoin de retrouver.

Une porte qui refuse de s’ouvrir peut nous apprendre autant qu’un long raisonnement.

Il ne s’agit pas nécessairement de chercher immédiatement à interpréter.

Parfois, il suffit d’abord de rencontrer.

À quoi sert le voyage chamanique ?

Lorsque j’ai commencé à voyager, je pensais probablement davantage en termes de réponses.

Avec les années, mon rapport à la pratique a changé.

Je ne considère pas le voyage comme un oracle auquel poser toutes les questions de ma vie.

Il peut offrir une orientation, faire émerger une perspective inattendue ou nous permettre d’explorer une situation sous un angle différent.

Dans la pratique chamanique, il peut également servir à rencontrer et approfondir la relation avec ses esprits alliés, demander un enseignement, rechercher une aide ou recevoir des indications pour un travail de soin.

Mais sa valeur réside aussi dans quelque chose de plus subtil : apprendre à écouter.

Entrer dans un voyage avec une question claire.

Observer ce qui vient plutôt que ce que nous voudrions voir.

Accepter parfois de ne pas recevoir de réponse.

Revenir.

Puis regarder ce que cette expérience change — ou ne change pas — dans notre vie.

Avec le temps, cette discipline de l’écoute me semble presque aussi importante que le contenu des voyages eux-mêmes.

Le discernement fait partie de la pratique

Le monde intérieur peut être extraordinairement riche.

Il peut aussi accueillir nos attentes, nos peurs, nos projections et nos désirs.

C’est pourquoi je ne crois pas qu’une vision soit vraie simplement parce qu’elle est apparue pendant un voyage.

Cette prudence est devenue de plus en plus importante dans ma pratique.

Si je reçois une image concernant ma propre vie, je peux l’observer, l’interroger et voir comment elle résonne. Je n’ai pas besoin d’organiser immédiatement mes décisions autour d’elle.

Et lorsqu’un voyage concerne une autre personne, cette responsabilité devient encore plus importante.

Une image reste une image.

Une perception reste une perception.

Le voyage chamanique ne devrait jamais devenir un moyen d’abandonner notre jugement, notre responsabilité ou notre capacité à confronter une intuition à la réalité.

Pour moi, une pratique spirituelle qui approfondit notre relation à l’invisible devrait aussi approfondir notre discernement dans le monde visible.

Une relation qui se construit avec le temps

Mes premiers voyages en 2019 et ma pratique aujourd’hui ne se ressemblent pas.

Comme dans toute discipline, quelque chose s’affine avec l’expérience.

Nous apprenons notre propre langage symbolique.

Nous reconnaissons certains territoires.

Des relations se construisent.

Nous apprenons aussi à distinguer davantage ce que nous espérons rencontrer de ce qui se présente réellement.

Mais je continue à approcher cet espace comme une étudiante.

C’est important pour moi.

Des années de pratique ne rendent pas infaillible. Elles devraient, au contraire, nous rendre plus conscients de la complexité de ce que nous explorons.

Le mystère reste le mystère.

Entre deux mondes

Ce que le chamanisme m’a apporté de plus précieux n’est peut-être pas la possibilité d’accéder à un autre monde.

C’est d’avoir transformé ma manière d’habiter celui-ci.

Le voyage m’a appris à écouter autrement.

À accorder davantage d’attention aux images, aux rêves, aux symboles et au langage du corps.

À accepter que certaines expériences puissent avoir du sens sans que je sois obligée de les expliquer entièrement.

À rester ouverte au mystère sans renoncer à mon discernement.

Et surtout, à comprendre qu’un voyage intérieur n’a de valeur que s’il revient avec nous dans la vie.

Nous pouvons rencontrer les paysages les plus extraordinaires, recevoir des images magnifiques ou vivre des expériences profondément spirituelles.

Mais nous devons ensuite rouvrir les yeux.

Revenir au corps.

À nos relations.

À nos choix.

À la réalité quotidienne.

C’est peut-être là que commence le véritable voyage : non pas dans notre capacité à entrer dans l’invisible, mais dans ce que cette rencontre nous permet ensuite de vivre plus consciemment dans le monde visible.

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Mounia Bendriss Mounia Bendriss

Le cercle de femmes : retrouver la puissance de la sororité

Depuis mes premiers cercles de femmes en 2018, j’ai découvert la force particulière qui naît lorsque des femmes se réunissent dans un espace de confiance, d’écoute et de sororité. Une réflexion sur cette pratique ancestrale, sur ce qu’elle permet de partager et de transformer, et sur la puissance du lien qui se tisse lorsque les femmes se rassemblent.

J’ai animé mes premiers cercles de femmes en 2018, au Maroc, à une époque où cette pratique y était encore très peu connue. J’ai ainsi fait partie des premières femmes à proposer ces espaces dans le pays.

Depuis, j’ai animé de nombreuses formes de cérémonies, de rencontres et d’expériences collectives.

Mais s’il y en a une qui demeure particulièrement chère à mon cœur, c’est le cercle de femmes.

Il y a quelque chose de profondément simple dans le fait de s’asseoir en cercle entre femmes.

Pas de scène.

Pas de personne placée au-dessus des autres.

Un centre autour duquel nous nous réunissons.

Des femmes qui, parfois, ne se connaissaient pas quelques heures auparavant.

Et progressivement, lorsque le cadre permet suffisamment de confiance, quelque chose change dans la qualité de présence et d’écoute.

Les paroles deviennent plus vraies.

Les défenses peuvent se relâcher.

Les expériences se répondent.

Et ce qui semblait parfois profondément personnel révèle soudain quelque chose de beaucoup plus universel.

C’est cette expérience de sororité qui, après toutes ces années, continue à me toucher.

Les femmes se réunissent depuis toujours

Les cercles de femmes tels que nous les connaissons aujourd’hui sont contemporains dans leur forme, et je préfère être prudente lorsque l’on affirme qu’ils reproduiraient exactement une cérémonie pratiquée depuis des millénaires.

En revanche, le fait que les femmes se réunissent est ancien.

Dans de nombreuses sociétés, les femmes ont partagé des espaces de travail, de soin, de transmission, de célébration et de rituel. Elles se sont retrouvées autour des naissances et des morts, de la nourriture, des enfants, des passages de la vie, des pratiques religieuses ou spirituelles et des tâches quotidiennes.

Les connaissances circulaient aussi entre elles.

Sur le corps.

Les plantes.

La sexualité.

La maternité.

Les cycles de la vie.

La manière de prendre soin.

Les histoires familiales et communautaires.

Cette transmission entre femmes me semble fondamentale.

Nos vies ont évidemment changé. Nos familles, nos sociétés et nos rapports entre femmes également.

Mais le besoin de nous retrouver n’a pas disparu.

Ce qui se passe lorsque les femmes se réunissent

Ce que j’ai observé au fil des années est que le cercle permet quelque chose que l’accompagnement individuel ne peut pas produire de la même manière.

Dans une séance individuelle, une personne rencontre son histoire.

Dans un cercle, elle découvre aussi son histoire dans le miroir des autres.

Une femme parle d’une peur qu’elle pensait être la seule à ressentir.

Une autre raconte une expérience très différente qui porte pourtant une émotion familière.

Une femme ose nommer quelque chose qu’une autre n’avait jamais réussi à mettre en mots.

Et parfois, écouter suffit.

Il n’est pas nécessaire d’avoir vécu exactement la même chose pour reconnaître quelque chose de soi dans la parole d’une autre.

Cette reconnaissance peut être extrêmement puissante.

Elle nous rappelle que certaines expériences que nous pensions devoir porter seules appartiennent aussi à une expérience humaine partagée.

Être écoutée sans être immédiatement conseillée

C’est probablement l’une des choses les plus précieuses que peut offrir un cercle bien tenu.

Pouvoir parler sans que quelqu’un cherche immédiatement à résoudre notre problème.

Sans recevoir une succession de conseils.

Sans être interrompue par l’histoire de quelqu’un d’autre.

Sans devoir défendre ce que nous ressentons.

Dans beaucoup de cercles, la parole circule selon des règles simples : une femme parle, les autres écoutent.

Cela paraît presque banal.

Ça ne l’est pas.

Nous sommes rarement écoutées de cette manière dans la vie quotidienne.

Très souvent, lorsque nous partageons une difficulté, la personne en face de nous cherche à rassurer, expliquer, relativiser ou proposer une solution.

Le cercle peut offrir autre chose : la possibilité d’être entendue avant d’être aidée.

Et parfois, c’est exactement ce dont nous avons besoin.

Sortir de la comparaison

La sororité est souvent présentée comme quelque chose de naturel entre femmes.

Je ne crois pas que ce soit aussi simple.

Les relations entre femmes peuvent contenir de l’amour, de la solidarité et de la tendresse, mais également de la comparaison, de la jalousie, de la compétition, de l’admiration, de la méfiance ou de vieilles blessures.

Le cercle n’efface pas magiquement ces dynamiques.

Il peut en revanche créer un espace dans lequel nous apprenons à rencontrer une autre femme sans avoir immédiatement besoin de nous mesurer à elle.

Son corps n’enlève rien au mien.

Sa beauté ne diminue pas la mienne.

Sa réussite n’est pas mon échec.

Sa manière d’être femme ne remet pas en question la mienne.

Son histoire n’a pas besoin de ressembler à la mienne pour être légitime.

Pour moi, la sororité commence peut-être là.

Non dans l’idée que toutes les femmes devraient s’aimer ou être d’accord entre elles, mais dans la possibilité de reconnaître pleinement une autre femme sans devoir diminuer l’une de nous pour faire exister l’autre.

Découvrir qu’il existe plusieurs manières d’être femme

C’est aussi l’une des grandes richesses du cercle.

Nous arrivons avec des âges différents, des corps différents, des histoires familiales différentes, des cultures, des choix de vie, des relations et des expériences différentes.

Certaines sont mères.

D’autres ne le sont pas.

Certaines vivent en couple.

D’autres seules.

Certaines entretiennent une relation très forte avec leur corps ou leur sexualité.

D’autres sont en train de les redécouvrir.

Certaines sont profondément spirituelles.

D’autres beaucoup moins.

Et pourtant, le cercle peut tenir toutes ces expériences.

Cela me paraît essentiel parce que nous recevons énormément de messages sur ce qu’une femme devrait être.

Le cercle peut devenir un endroit où il n’existe justement pas une seule manière correcte d’être femme.

Nous pouvons découvrir d’autres modèles.

D’autres possibilités.

Et parfois reconnaître chez une autre femme une liberté que nous ne nous étions pas encore autorisée.

Le corps, la parole et le rituel

Un cercle de femmes n’est pas uniquement un groupe de parole.

Du moins, ce n’est pas ainsi que je les conçois.

Selon les rencontres, la parole peut côtoyer le silence, le mouvement, la danse, le son, la méditation, le voyage intérieur, la créativité ou le rituel.

Le rituel crée une rupture avec le rythme ordinaire.

Nous ne nous réunissons plus simplement pour discuter.

Nous marquons consciemment l’entrée dans un espace et le moment où nous le quittons.

Nous pouvons célébrer un passage, déposer quelque chose, honorer une étape de vie, travailler avec un archétype, explorer notre relation au corps ou simplement nous retrouver autour d’une intention commune.

Je ne pense pas que le rituel ait besoin d’être compliqué pour être profond.

Quelques gestes accomplis avec présence peuvent parfois avoir beaucoup plus de sens qu’une accumulation de symboles.

Toutes les expériences féminines ne sont pas les mêmes

Avec les années, ma manière de parler du féminin a elle aussi évolué.

Je me méfie davantage des affirmations selon lesquelles toutes les femmes posséderaient naturellement les mêmes qualités, la même intuition, la même relation aux cycles ou une « essence féminine » qu’il suffirait de retrouver.

Nos expériences sont beaucoup plus diverses.

Le cercle ne devrait pas nous enfermer dans une nouvelle définition de ce qu’est une femme.

Il devrait au contraire nous offrir davantage d’espace pour découvrir comment chacune habite cette expérience à sa manière.

Pour moi, célébrer le féminin ne signifie donc pas imposer une identité.

Cela signifie créer suffisamment d’espace pour explorer ce que le fait d’être femme signifie pour chacune de nous.

Le cercle n’est pas un espace sans limites

Parce que la parole peut devenir intime et que des émotions importantes peuvent émerger, le cadre est essentiel.

La confidentialité.

Le respect de la parole.

L’absence de jugement.

La liberté de participer ou de rester silencieuse.

Le respect du corps et des limites de chacune.

Et la responsabilité de la personne qui tient le cercle.

Un cercle de femmes n’est pas automatiquement sécurisant simplement parce qu’il réunit des femmes.

La sécurité se construit.

Elle dépend du cadre, de la manière dont la parole circule, de ce qui est permis ou non et de la capacité de la facilitatrice à ne pas utiliser sa position pour imposer ses croyances ou ses interprétations.

Le cercle repose sur l’horizontalité, mais cela ne signifie pas absence de responsabilité.

Celle qui tient l’espace est responsable du cadre qui permet précisément à cette horizontalité d’exister.

La force particulière du collectif

Après des années d’accompagnement individuel, je reste profondément attachée à ce que le collectif peut apporter.

Parce qu’une femme n’y reçoit pas seulement quelque chose de la personne qui facilite le cercle.

Elle reçoit des autres femmes.

Et elle donne également quelque chose par sa simple présence.

Une parole peut devenir une permission pour une autre.

Une vulnérabilité peut permettre à quelqu’un de déposer son masque.

Une femme plus âgée peut offrir, sans même le savoir, une représentation différente de l’âge à une femme plus jeune.

Une femme qui ose poser une limite peut rappeler à une autre qu’elle aussi en a le droit.

Une expérience de vie peut devenir une transmission.

C’est là que la sororité cesse d’être une belle idée pour devenir une expérience concrète.

Nous découvrons que nous pouvons être soutenues par d’autres femmes et les soutenir sans avoir à les sauver.

Que nous pouvons recevoir sans nous sentir faibles.

Partager sans nous comparer.

Être différentes sans être adversaires.

Pourquoi je continue à créer des cercles

Depuis mes premiers cercles au Maroc en 2018, ma manière de les faciliter a évolué.

Les thèmes ont changé.

Les pratiques se sont enrichies.

Ma propre compréhension du féminin, du rituel et de l’accompagnement s’est transformée.

Mais mon attachement au cercle est resté.

Peut-être parce qu’au fond, son principe est extrêmement simple.

Nous nous asseyons ensemble.

Nous nous voyons.

Nous nous écoutons.

Nous découvrons que derrière des vies parfois très différentes existent des émotions, des questions et des passages que nous pouvons reconnaître les unes chez les autres.

Et pendant quelques heures, nous faisons l’expérience de quelque chose que notre époque ne facilite pas toujours : appartenir à un groupe sans devoir disparaître à l’intérieur de lui.

C’est probablement ce que j’aime le plus dans les cercles de femmes.

La sororité n’y est pas un concept.

Elle devient quelque chose que l’on peut vivre.

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Mounia Bendriss Mounia Bendriss

Reiki : la pratique qui a ouvert mon chemin vers le soin énergétique

Première pratique de soin énergétique que j’ai découverte à Ubud en 2014, le Reiki accompagne mon parcours depuis plus de dix ans. Du premier soin reçu à ma formation de Maître Enseignante, une réflexion personnelle sur cette pratique japonaise, sa simplicité, sa transmission et la place qu’elle occupe encore aujourd’hui dans ma manière d’accompagner.

Ma rencontre avec le Reiki remonte à 2014, à Ubud, lorsque j’ai reçu mon premier soin auprès de Cat Wheeler.

À cette époque, je n’avais encore aucune pratique du soin énergétique. Le Reiki a été ma première expérience dans cet univers et, l’année suivante, j’ai décidé de me former auprès de Cat : Reiki I en 2015, Reiki II en 2016, puis Maître Enseignante en 2019. Toutes les étapes de ce parcours se sont déroulées à Ubud, auprès de la même enseignante.

Cette continuité a beaucoup compté pour moi. Je n’ai pas enchaîné rapidement les niveaux auprès de différents enseignants. Plusieurs années se sont écoulées entre ma première expérience et la transmission du Reiki à mon tour, des années pendant lesquelles j’ai pratiqué et laissé ma compréhension évoluer.

Depuis, mon parcours s’est considérablement élargi. J’ai découvert le chamanisme, qui est devenu central dans ma pratique, puis le travail avec le son, le corps, la méditation, le Tantra et différentes formes de voyages intérieurs. Ma manière d’accompagner aujourd’hui est beaucoup plus vaste que lorsque j’ai commencé.

Mais le Reiki occupe toujours une place particulière.

C’est avec lui que j’ai appris pour la première fois ce que signifie entrer dans une relation de soin.

Qu’est-ce que le Reiki ?

Le Reiki est une pratique japonaise développée par Mikao Usui au début du XXe siècle.

Le terme Reiki, 霊気, est composé de rei (霊) et ki (気). Ki renvoie à la notion de souffle, de vitalité ou d’énergie vitale. Rei possède un sens plus difficile à restituer en français et peut notamment évoquer l’esprit ou la dimension spirituelle. En Occident, Reiki a largement été traduit par « énergie universelle de vie », une traduction devenue courante mais qui simplifie la richesse des termes japonais.

Dans la forme de Reiki qui m’a été transmise, le soin se pratique principalement par apposition des mains sur différentes parties du corps, ou à proximité lorsque le contact n’est pas souhaité.

La pratique repose sur l’idée que le praticien ne donne pas sa propre énergie à la personne et ne cherche pas non plus à diriger mentalement ce qui devrait se produire. Il se rend disponible à la circulation du Reiki.

Cette distinction a toujours été importante pour moi : il ne s’agit pas de forcer un résultat.

Une pratique qui commence par soi

Lorsque j’ai été initiée au Reiki I en 2015, j’ai d’abord appris à pratiquer sur moi-même.

L’auto-traitement fait partie des fondements du Reiki. Avant de devenir une pratique destinée aux autres, il peut donc devenir une discipline personnelle : prendre le temps de s’arrêter, poser les mains sur son propre corps et pratiquer régulièrement.

Avec le recul, je trouve très juste que mon apprentissage du soin ait commencé ainsi.

Avant de vouloir accompagner les autres, pratiquer sur soi.

Avant de chercher à développer toujours plus de techniques, construire une relation avec une pratique.

Cette idée a continué à m’accompagner bien au-delà du Reiki.

Aujourd’hui encore, je considère qu’on ne peut pas séparer complètement la manière dont nous accompagnons les autres de la manière dont nous prenons soin de notre propre équilibre, de nos limites et de nos processus.

La particularité d’un soin Reiki

Le Reiki est une pratique sobre.

La personne est généralement allongée et habillée. Le praticien place successivement ses mains sur différentes zones du corps ou à proximité. Il n’est pas nécessaire de parler pendant toute la séance ni de chercher consciemment à produire un état particulier.

Les expériences varient beaucoup d’une personne à l’autre.

Certaines ressentent de la chaleur sous les mains, des picotements ou différentes sensations corporelles. Certaines entrent dans un état de détente profonde. Des émotions, des images ou des souvenirs peuvent parfois émerger. D’autres personnes ressentent très peu de choses pendant la séance.

Je ne cherche pas à établir une hiérarchie entre ces expériences.

Avec les années, je suis même devenue beaucoup moins intéressée par la recherche de manifestations spectaculaires pendant un soin.

Une expérience intense n’est pas nécessairement une expérience plus profonde.

Et ne rien ressentir d’extraordinaire ne signifie pas que la séance a été « ratée ».

Ce que le Reiki m’a appris du soin

Lorsque je regarde aujourd’hui les douze années écoulées depuis mon premier soin, je réalise que le Reiki m’a transmis quelque chose qui dépasse largement sa technique.

Il m’a appris à ne pas vouloir constamment intervenir.

Cette distinction est devenue essentielle dans ma pratique.

Lorsque nous accompagnons quelqu’un, surtout au début, nous pouvons facilement être tentés de vouloir faire beaucoup : chercher l’origine d’un problème, identifier ce qui bloque, provoquer un changement, multiplier les techniques.

L’expérience m’a progressivement appris qu’un soin ne devient pas meilleur parce que le praticien en fait davantage.

Il faut aussi savoir observer.

Attendre.

Sentir quand intervenir et quand ne pas intervenir.

Accepter qu’une séance ne suive pas nécessairement ce que nous avions imaginé.

Le Reiki a été ma première rencontre avec cette forme de sobriété.

De la pratique à la transmission

Je suis passée du Reiki I en 2015 au Reiki II en 2016, puis au niveau de Maître Enseignante en 2019.

Le temps entre ces différentes étapes a été important.

Une initiation donne accès à une pratique. Elle ne remplace pas les années nécessaires pour l’expérimenter et construire son propre rapport à elle.

Lorsque je suis devenue Maître Enseignante, la question n’était donc plus seulement de savoir pratiquer un soin. Je devenais également responsable de la manière dont je transmettais ce que j’avais moi-même reçu.

Et transmettre implique, pour moi, de ne pas créer l’illusion qu’un niveau, un certificat ou une initiation suffisent à faire un praticien.

La formation donne un cadre et des outils.

Ensuite vient la pratique.

Et cette pratique continue de nous enseigner bien après la formation.

Comment ma compréhension du Reiki a évolué

Je ne parlerais probablement pas du Reiki aujourd’hui exactement comme j’en parlais lorsque je l’ai découvert.

Dans le monde du bien-être, on lui attribue parfois des effets extrêmement précis : renforcer l’immunité, éliminer les toxines, agir sur certains organes ou traiter différentes pathologies.

Je préfère aujourd’hui ne pas faire ce type d’affirmations.

Le Reiki est une pratique complémentaire. Il ne remplace pas la médecine, un diagnostic ou un traitement lorsque ceux-ci sont nécessaires.

Cela ne m’oblige pas pour autant à nier mon expérience du travail énergétique.

Je continue à pratiquer le Reiki parce que j’en reconnais la valeur dans mon expérience et dans celle des personnes que j’ai accompagnées. Mais je préfère laisser cette expérience exister sans chercher à lui attribuer des effets médicaux que je ne peux pas établir.

Cette distinction fait partie de l’évolution de ma pratique : pouvoir rester profondément engagée dans les approches énergétiques et spirituelles tout en conservant du discernement sur ce que je peux, ou non, affirmer.

Une pratique que l’on peut aussi s’approprier

Il existe un autre aspect du Reiki auquel je suis aujourd’hui particulièrement attachée : une personne peut apprendre à le pratiquer elle-même.

Elle peut recevoir un soin lorsqu’elle en ressent le besoin, mais elle peut également choisir d’être initiée et développer son propre auto-traitement.

Cette possibilité rejoint directement ma conception actuelle de l’accompagnement.

Je ne crois pas qu’un praticien devrait chercher à devenir indispensable aux personnes qu’il accompagne.

Recevoir de l’aide est parfois nécessaire. Revenir ponctuellement vers un praticien peut être précieux. Mais l’objectif ne devrait pas être d’installer l’idée que notre équilibre dépend continuellement d’une intervention extérieure.

Le Reiki offre justement cette possibilité intéressante de passer de celui ou celle qui reçoit à celui ou celle qui possède aussi une pratique personnelle.

Ce déplacement me paraît important.

Il rend à la personne une place active dans son rapport au soin.

La place du Reiki aujourd’hui

Le Reiki n’est plus aujourd’hui la seule pratique à travers laquelle j’accompagne.

Mon travail a beaucoup évolué depuis 2014, et certaines approches que j’ai découvertes par la suite me permettent d’aller dans des dimensions que le Reiki n’explore pas de la même manière.

Je ne lui demande donc pas d’être autre chose que ce qu’il est.

Et je crois que c’est justement ce qui me permet de continuer à l’apprécier.

Je peux choisir un soin chamanique lorsqu’un travail plus profond avec les images, les esprits alliés ou certaines formes de restauration me semble pertinent.

Je peux utiliser le son lorsque celui-ci offre une autre porte d’entrée dans le corps et le voyage intérieur.

Je peux proposer une pratique corporelle lorsque l’intégration demande davantage d’incarnation.

Et je peux revenir au Reiki lorsque ce dont une personne a besoin est simplement de recevoir un soin énergétique dans un cadre doux et peu interventionniste.

Après douze ans, le Reiki n’a donc pas perdu sa place parce que j’ai appris d’autres pratiques.

Sa place est simplement devenue plus claire.

Il a été ma première rencontre avec le soin énergétique, ma première formation et ma première expérience d’une pratique que j’allais ensuite transmettre à mon tour.

Et il reste aujourd’hui l’un des outils auxquels je peux revenir précisément pour ce qui le caractérise depuis le début de mon parcours : sa simplicité.

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