Le soin chamanique : une approche globale de l’être
Parmi toutes les approches que j’ai découvertes, pratiquées et intégrées au fil des années dans ma manière d’accompagner, le soin chamanique est celle que j’affectionne le plus.
J’ai découvert le chamanisme à Bali en 2019, à travers les enseignements de la Foundation for Shamanic Studies. Après plusieurs années de pratique, j’ai souhaité approfondir cette voie et j’ai suivi, entre 2023 et 2025, un programme avancé initiatique de trois ans consacré à la pratique chamanique.
Ces années m’ont permis d’explorer différentes formes de soin, mais aussi d’affiner progressivement ma posture de praticienne : apprendre à observer avant d’interpréter, à ne pas décider à l’avance de ce dont une personne aurait besoin, à reconnaître les limites de ma propre perception et à laisser une véritable place à ce qui émerge pendant le soin.
Si cette approche occupe aujourd’hui une place particulière dans mon travail, c’est notamment parce qu’elle correspond à ma manière de percevoir l’être humain : dans sa globalité.
Le corps, les émotions, la psyché, l’énergie, l’histoire personnelle, les relations et la dimension spirituelle ne fonctionnent pas indépendamment les uns des autres. Une difficulté peut toucher plusieurs de ces dimensions à la fois, et ce qui apparaît à un endroit peut parfois trouver ses racines ailleurs.
Le soin chamanique permet précisément de travailler sans imposer d’emblée une séparation entre ces différents aspects de l’expérience humaine.
C’est cette richesse qui, après plusieurs années de pratique, continue à me passionner.
Une autre manière d’envisager le soin
Dans la vision chamanique, l’être humain n’est pas considéré comme un individu isolé.
Il appartient à un ensemble plus vaste : une famille, une lignée, une communauté, le monde vivant et, selon la cosmologie chamanique, le monde des esprits.
Cette dimension relationnelle est fondamentale.
Une difficulté n’est donc pas nécessairement abordée comme un problème isolé qu’il faudrait corriger. Le travail peut s’intéresser à ce qui semble avoir été perdu, fragilisé, interrompu ou déséquilibré dans la relation que la personne entretient avec elle-même, avec les autres ou avec son environnement.
C’est une manière d’envisager le soin qui me parle profondément parce qu’elle ne cherche pas uniquement à faire disparaître un symptôme ou un inconfort.
Elle pose une question plus large : qu’est-ce qui a besoin d’être restauré pour que la personne puisse retrouver davantage de vitalité, d’équilibre et de présence à elle-même ?
Une pratique fondée sur la relation avec les esprits alliés
Dans le cadre chamanique dans lequel j’ai été formée, le praticien ne considère pas qu’il accomplit seul le soin.
Il travaille en relation avec ses esprits alliés.
Le voyage chamanique constitue l’un des fondements de cette pratique. Il permet au praticien, dans le cadre de cette cosmologie, d’entrer en relation avec ses alliés et de recevoir les indications qui orienteront le soin.
J’ai consacré un article distinct au voyage chamanique, à son fonctionnement et aux différentes manières de comprendre les expériences qui peuvent s’y présenter.
Dans le contexte du soin, ce qui m’importe particulièrement est la posture que cela demande au praticien.
Je peux avoir entendu l’histoire de la personne. Je peux avoir une intuition sur ce qui se joue. Je peux reconnaître certains thèmes.
Mais je ne dois pas décider à l’avance de ce que je vais trouver ni de ce qui doit être fait.
Cette disponibilité est essentielle.
Elle permet au soin de ne pas devenir la simple confirmation de ce que nous pensions déjà savoir.
Restaurer ce qui a été fragilisé
Le soin chamanique comprend différentes pratiques, dont certaines peuvent sembler inhabituelles lorsqu’on les découvre pour la première fois.
On parle notamment d’extraction, de recouvrement d’âme ou de restauration de pouvoir.
Ces pratiques répondent à des situations différentes, mais elles partagent une même intention : restaurer un équilibre qui a été fragilisé.
Dans la conception chamanique, certaines expériences particulièrement difficiles peuvent s’accompagner d’une perte de vitalité ou d’un sentiment de fragmentation. Le recouvrement d’âme s’inscrit dans cette perspective : il vise symboliquement et spirituellement à restaurer une part de cette intégrité.
L’extraction répond à une autre logique. Elle consiste à retirer ce qui est perçu, dans le cadre du soin, comme une énergie qui ne devrait pas être présente ou qui entrave la personne.
La restauration de pouvoir vise quant à elle à renforcer ou à rétablir une ressource qui semble manquer.
Ces termes appartiennent à une cosmologie et à une tradition particulières. Je trouve important de les utiliser comme tels et de ne pas les transformer en diagnostics psychologiques ou médicaux.
Le soin chamanique ne remplace pas un suivi médical, psychologique ou psychiatrique lorsqu’il est nécessaire.
Chaque soin est différent
C’est l’un des aspects que j’aime le plus dans cette pratique : il n’existe pas, dans ma manière de travailler, de déroulement identique pour chaque personne.
Deux personnes peuvent arriver avec des problématiques apparemment similaires et recevoir des soins très différents.
Une même personne peut également vivre des séances qui ne se ressemblent pas du tout selon le moment de son parcours.
Je ne pars donc pas d’un protocole dans lequel telle difficulté devrait automatiquement correspondre à telle intervention.
La personne me partage ce qu’elle traverse et ce qu’elle souhaite travailler. Cela constitue un point de départ, mais pas une conclusion.
Le reste se découvre pendant le soin.
Cette absence de scénario préétabli demande de rester disponible à l’inattendu et de ne pas chercher à faire entrer ce qui apparaît dans une interprétation déjà construite.
Le langage des images et des symboles
Le soin chamanique possède également un langage qui m’est particulièrement cher : celui des images et des symboles.
Un animal peut apparaître.
Une partie du corps peut devenir centrale.
Un paysage peut se transformer.
Une image inattendue peut surgir et apporter un éclairage que les mots n’auraient peut-être pas permis d’atteindre de la même manière.
C’est aussi l’un des endroits où mon intérêt pour le chamanisme rencontre mon intérêt pour la psyché et le travail de Jung.
Je ne confonds pas ces approches. La psychologie jungienne et le chamanisme ne donnent pas la même explication à l’origine ou à la nature de ces images.
Mais toutes deux nous invitent à ne pas considérer l’image comme quelque chose d’insignifiant.
Une image peut porter une information, provoquer une émotion, révéler une dynamique ou ouvrir une compréhension.
Et elle n’a pas toujours besoin d’être immédiatement expliquée.
Certaines images continuent à travailler longtemps après la séance et prennent leur sens progressivement.
Le soin ne s’arrête pas à la séance
Un soin peut être profond sans pour autant transformer à lui seul une vie entière.
Cette distinction est importante pour moi.
Une séance peut apporter une sensation de reconnexion, faire émerger une compréhension, remettre quelque chose en mouvement ou permettre à une personne de retrouver une ressource intérieure.
Mais elle retourne ensuite dans sa vie.
Et ce qu’elle choisit d’y faire reste essentiel.
Une limite devra peut-être être posée.
Une relation regardée différemment.
Une habitude modifiée.
Une émotion accueillie.
Une décision prise.
Parfois, le travail ouvert pendant un soin demande simplement du temps. Parfois, il peut être utile de le poursuivre avec un autre type d’accompagnement.
Le soin ne remplace pas la responsabilité personnelle.
Il peut soutenir un processus, mais il ne dispense pas de le vivre.
Le discernement et la responsabilité du praticien
Mes années de formation, et particulièrement le programme avancé suivi entre 2023 et 2025, m’ont appris de nombreuses pratiques.
Mais l’un des apprentissages les plus importants concerne probablement la responsabilité du praticien.
Travailler avec des perceptions, des images et des expériences qui appartiennent au domaine spirituel exige du discernement.
Une vision n’est pas une vérité absolue.
Une interprétation ne doit pas être imposée à la personne.
Une expérience spirituelle ne donne pas au praticien une autorité sur la vie de celui ou celle qu’il accompagne.
Il faut également savoir reconnaître les limites de ce que nous pouvons accompagner et orienter une personne vers d’autres professionnels lorsque la situation le demande.
Cette responsabilité concerne aussi notre propre état.
Accompagner les autres demande de continuer à nous observer, à travailler sur nous-mêmes, à reconnaître nos projections et à savoir nous arrêter lorsque nous ne sommes pas dans les conditions nécessaires pour pratiquer avec suffisamment de présence.
Je ne crois pas qu’un praticien devienne un jour quelqu’un qui aurait terminé son propre chemin.
Nous restons humains.
Nous continuons à traverser nos processus, à apprendre et à rencontrer nos limites.
Pour moi, cette conscience n’affaiblit pas la posture du praticien.
Elle en fait partie.
Une pratique qui continue à m’enseigner
Depuis 2015, j’ai exploré et intégré différentes approches dans ma manière d’accompagner.
Certaines travaillent davantage avec le corps, d’autres avec l’énergie, le son, la méditation, les archétypes ou différentes formes de voyages intérieurs.
Chacune possède sa richesse et peut être particulièrement pertinente selon la personne et ce qu’elle traverse.
Pourtant, le soin chamanique conserve pour moi une place singulière.
J’aime sa capacité à accueillir plusieurs dimensions de l’être humain sans chercher à les isoler les unes des autres.
J’aime la place qu’il accorde au symbole et à l’invisible, tout en me demandant de rester attentive à ce qui se passe concrètement dans la vie de la personne.
J’aime aussi qu’après toutes ces années, cette pratique continue à me surprendre.
Aucun soin n’est tout à fait prévisible.
Et peut-être est-ce précisément ce qui m’oblige à rester présente, curieuse et humble devant ce que je ne sais pas.
C’est aujourd’hui la pratique thérapeutique que j’affectionne le plus, non parce que je pense qu’elle peut répondre à tout, mais parce qu’elle correspond profondément à ma manière d’accompagner : considérer la personne dans sa globalité, écouter avant d’intervenir et ne jamais réduire un être humain à la difficulté qui l’amène à demander de l’aide.